Conseils pratiques

Nanomatériau CSIC Madrid : comment 12,9 °C de fraîcheur gratuite vont transformer nos toits cet été

Nanomatériau CSIC Madrid : comment 12,9 °C de fraîcheur gratuite vont transformer nos toits cet été

Ce matin-là, sur une terrasse de Tres Cantos, au nord de Madrid, le thermomètre affichait 35 °C à l’ombre. Posé à plat sous le ciel blanc d’août 2025, un carré d’aluminium recouvert d’un film à peine visible maintenait sa surface autour de 22 °C — sans câble, sans compresseur, sans la moindre dépense d’énergie. Les passants qui auraient posé la main dessus auraient cru toucher une surface à l’intérieur d’une pièce climatisée.

Partager l’article

XRedditLinkedIn

Ce résultat, publié en 2026 dans la revue scientifique Nanophotonics, est l’œuvre du groupe FINDER de l’Institut de micro et nanotechnologie du CSIC, à Madrid. Il soulève une question qui remet en cause des décennies de climatisation électrique : et si l’on pouvait refroidir les bâtiments simplement en leur appliquant une couche de peinture intelligente ?

Le principe contre-intuitif du refroidissement radiatif passif

Tout objet chaud émet un rayonnement infrarouge invisible. Dans la plupart des longueurs d’onde, l’atmosphère intercepte ce rayonnement et le renvoie vers le sol — ce qui maintient la Terre à une température habitable, mais empêche aussi les surfaces de se refroidir naturellement en plein jour.

Il existe pourtant une exception. Entre 8 et 13 micromètres de longueur d’onde, l’air devient quasiment transparent : c’est ce que les physiciens appellent la fenêtre atmosphérique. Le rayonnement infrarouge émis dans cette bande file directement vers l’espace, un puits thermique à près de -270 °C. Un matériau capable d’émettre massivement dans cette fenêtre peut donc se délester de sa chaleur sans aucune aide extérieure, même en plein soleil.

Comment le CSIC a sculpté la matière à l’échelle du nanomètre

Le point de départ est une fine plaque d’aluminium ordinaire. L’équipe du CSIC en oxyde la surface jusqu’à obtenir une couche d’alumine criblée de pores réguliers dont le diamètre se mesure en nanomètres — soit des milliards de fois plus petits qu’un millimètre. Ce tamis microscopique est ensuite infiltré d’un plastique courant, le fluorure de polyvinylidène (PVDF), qui tapisse chaque cavité et forme un réseau à trois dimensions.

Derniers articles

À lire aussi

Nouveautés de la rédaction
01Vol MH370 : Pourquoi une Fosse de 6 000 m Relance la Traque après 12 Ans02Influenceurs Post-Révolution : comment Paris a inventé le prescripteur de goût moderne dès 180603Centres de données IA : pourquoi les chantiers Meta et Amazon vident les chantiers de logements américains

C’est cette architecture qui change tout. Les peintures blanches classiques réfléchissent correctement la lumière solaire, mais elles rayonnent peu dans la bonne gamme d’ondes et continuent donc de chauffer sous le soleil. En accordant la structure nanométrique exactement sur la fenêtre atmosphérique, les chercheurs obtiennent une émission infrarouge bien supérieure à ce qu’un film plat pourrait produire. La géométrie remplace l’électronique.

12,9 °C d’écart mesurés à Tres Cantos : ce que disent les chiffres

Lors des essais menés durant l’été 2025 sur la terrasse de Tres Cantos, le revêtement est resté jusqu’à 12,9 °C en dessous de la température ambiante en plein jour, sans aucune alimentation. En laboratoire, les mesures confirment deux performances distinctes :

  • Réflexion solaire : 82,4 % de l’énergie solaire incidente renvoyée vers le ciel.
  • Émission infrarouge : 96,7 % de la chaleur propre du matériau rayonnée dans la fenêtre atmosphérique.
  • Puissance de refroidissement : environ 182 watts par mètre carré sous ensoleillement direct.
  • Compatibilité : procédés de fabrication industriels courants, coût de production bas.

Pour donner une idée concrète, 182 W/m² équivaut à évacuer en continu la chaleur d’une paire d’ampoules à incandescence classiques par mètre carré de surface traitée. Cristina Vicente, chercheuse qui pilote le projet COOLed à l’origine de ce matériau, souligne que c’est précisément la compatibilité avec les lignes de production existantes qui distingue ce revêtement des systèmes photoniques multicouches restés jusqu’ici confinés aux laboratoires.

Toits, façades, voitures : les applications que les chercheurs ciblent en priorité

Le refroidissement des bâtiments, des aliments et des machines absorbe déjà près de 20 % de l’électricité mondiale, une part qui augmente à chaque été plus chaud. Les climatiseurs aggravent le problème : ils rejettent leur chaleur à l’extérieur et réchauffent les îlots urbains qu’ils sont censés protéger. Un revêtement passif appliqué sur les toits et les façades — là où le soleil frappe le plus fort — pourrait alléger cette spirale sans ajouter un seul kilowatt-heure au compteur.

L’équipe du CSIC envisage également de recouvrir des composants électroniques, des habitacles de voitures ou des dispositifs de rafraîchissement individuel. Honnêtement, la liste des usages potentiels est presque plus longue que les obstacles qui restent à lever.

Ce qui manque encore avant de voir ce revêtement sur les immeubles parisiens

Le matériau demeure pour l’instant au stade du prototype. L’équipe s’attelle désormais à deux défis précis : déployer le revêtement sur de grandes surfaces sans perdre en homogénéité, et vérifier qu’il résiste dans la durée aux intempéries — pluie, gel, pollution urbaine. Ces tests de durabilité sont la condition sine qua non avant toute industrialisation sérieuse.

Si les résultats à grande échelle confirment ceux de Tres Cantos, la prochaine étape sera de définir des normes d’application compatibles avec les réglementations thermiques européennes, notamment la RE2020 en vigueur en France depuis le 1er janvier 2022, qui impose déjà des critères stricts sur le bilan énergétique des bâtiments neufs.

Les travaux du groupe FINDER seront suivis de près par les acteurs du bâtiment : la question n’est plus de savoir si un revêtement passif peut refroidir, mais à quelle vitesse il pourra quitter le toit de Tres Cantos pour rejoindre les chantiers en cours.

Partager l’article

4 min de lecture

XRedditLinkedIn

Votre avis nous aide

Cet article valait-il la peine d’être lu ?

La conversation continue

Commentaires

Participer à la conversation

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut