Le 12 août, alors que des millions de personnes levaient les yeux vers le ciel pour observer l’éclipse solaire, une autre forme d’obscurité se répandait sur les réseaux sociaux. Un champion du monde espagnol — dont le palmarès lui vaut des centaines de milliers d’abonnés — publiait des vidéos affirmant que la crème solaire est dangereuse, voire inutile, et que l’éclipse elle-même serait un phénomène mal expliqué par la science officielle. En quelques heures, ses posts totalisaient plusieurs millions de vues.
Des dermatologues français ont aussitôt tiré la sonnette d’alarme. Car derrière l’anecdote sportive se cache un risque médical concret : des patients qui, convaincus par ces discours, abandonnent toute protection solaire au moment précisément où le rayonnement ultraviolet reste le plus dangereux de l’année.
Un Champion du Monde Devenu Vecteur de Désinformation Solaire
L’athlète en question, plusieurs fois couronné dans sa discipline, a publié le 12 août une série de stories et de vidéos longues dans lesquelles il affirmait que les filtres chimiques des crèmes solaires « perturbent les hormones » et que l’industrie cosmétique « cache la vérité sur les bienfaits du soleil ». Il a également avancé que les éclipses solaires produiraient une « énergie particulière » que les autorités scientifiques chercheraient à dissimuler. Aucune de ces affirmations n’est étayée par la littérature scientifique validée.
Ce type de contenu prospère sur fond de méfiance institutionnelle. Selon une note publiée en juin 2025 par la Haute Autorité de Santé, près de 28 % des Français déclarent accorder plus de crédit à des personnalités sportives ou culturelles qu’à des professionnels de santé sur les questions de mode de vie. Un terreau fertile pour ce genre de messages.
Ce que Disent Vraiment les Dermatologues sur la Crème Solaire
« Ces affirmations sont fausses et potentiellement mortelles », a déclaré le docteur Éric Mauboussin, dermatologue au CHU de Bordeaux et membre de la Société Française de Dermatologie. « Abandonner la protection solaire, c’est augmenter directement son risque de mélanome, qui tue environ 2 000 personnes par an en France. »
À lire aussi
Le médecin rappelle que les filtres solaires homologués en Europe sont soumis au règlement cosmétique européen n° 1223/2009, l’un des cadres réglementaires les plus stricts au monde. Les allégations de perturbation endocrinienne massive par usage cutané normal ne sont pas confirmées par les données disponibles à ce jour, selon l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).
Les Recommandations Officielles en Vigueur cet Été
L’Institut national du cancer (INCa) recommande d’appliquer un indice de protection d’au minimum SPF 30 toutes les deux heures en cas d’exposition prolongée, et de ne jamais considérer la crème comme un permis de s’exposer sans limite. Ces recommandations s’appliquent à fortiori lors d’événements astronomiques comme une éclipse, où la curiosité pousse à des durées d’exposition inhabituelles.
L’Éclipse du 12 Août : Un Événement Réel, des Risques Réels
L’éclipse solaire du 12 août était un phénomène astronomique parfaitement documenté et prévu de longue date par les équipes de l’Observatoire de Paris. Elle n’a rien d’un secret ni d’une manipulation. En revanche, les risques oculaires liés à une observation sans filtre homologué sont, eux, bien réels : une exposition directe de seulement 20 à 30 secondes suffit à provoquer des lésions rétiniennes irréversibles, rappelle l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).
Les ophtalmologistes français signalent chaque année, au lendemain d’éclipses, une hausse des consultations pour rétinopathie solaire. Le phénomène est d’autant plus préoccupant que les réseaux sociaux ont, cette année, amplifié des conseils erronés sur l’observation à l’œil nu, parfois présentés comme des « traditions ancestrales ».
Pourquoi les Théories Complotistes sur le Soleil Séduisent Autant
Le discours anti-crème solaire s’inscrit dans un courant plus large qui mêle méfiance envers l’industrie pharmaceutique, valorisation d’un « retour au naturel » et désir d’autonomie face aux injonctions médicales. Il n’est pas nouveau : des forums francophones diffusent ces thèses depuis au moins 2018. Ce qui change, c’est la caution symbolique qu’apporte un champion du monde.
« Le problème n’est pas la critique des excès de l’industrie cosmétique, qui peut être légitime », nuance le docteur Mauboussin. « Le problème, c’est d’inciter des gens à s’exposer sans protection en plein mois d’août, au moment où l’indice UV dépasse régulièrement 8 sur 10 dans le sud de la France. »
Ce que les Autorités Sanitaires Françaises Envisagent de Faire
L’ANSM et l’INCa n’ont pas encore annoncé de réponse formelle ciblant spécifiquement cette affaire. Toutefois, la Direction générale de la santé (DGS) dispose d’un mécanisme de signalement des contenus de santé trompeurs en ligne, en lien avec l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom). Ce dispositif peut conduire, dans les cas les plus graves, à des demandes de déréférencement ou à des procédures d’injonction.
La Société Française de Dermatologie a indiqué qu’elle examinerait la possibilité de publier un communiqué de mise au point avant la fin du mois d’août, alors que la saison estivale — et avec elle l’exposition aux UV — n’est pas encore terminée.
Votre avis nous aide










La conversation continue
Commentaires