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Bill Gates et l’IA : Pourquoi 2035 Pourrait Rendre Médecins et Profs Facultatifs

Bill Gates et l’IA : Pourquoi 2035 Pourrait Rendre Médecins et Profs Facultatifs

C’était une soirée de mars 2025, sur le plateau du Tonight Show. Jimmy Fallon venait de poser la question que beaucoup n’osent pas formuler franchement : que restera-t-il à faire aux humains quand les machines sauront presque tout faire ? Bill Gates, cofondateur de Microsoft et l’une des fortunes les plus actives dans les technologies de santé mondiales, n’a pas esquivé. Il a répondu avec une tranquillité presque déconcertante.

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Sa réponse, relayée par CNBC le 26 mars 2025, tient en une idée simple mais vertigineuse : d’ici dix ans, un excellent médecin ou un excellent professeur ne sera plus un luxe réservé à ceux qui peuvent se l’offrir. L’intelligence artificielle s’en chargera, gratuitement, pour quiconque possède un téléphone. La question qui demeure — et que Gates lui-même n’a pas entièrement tranchée — est de savoir ce que les humains feront de ce basculement.

L’expertise rare, bientôt abondante : le raisonnement de Gates

Le point de départ de Bill Gates est un constat d’inégalité, pas une prophétie techno-enthousiaste. Aujourd’hui, une consultation chez un spécialiste reconnu coûte cher, prend du temps, et suppose d’habiter au bon endroit. Un cours particulier de qualité reste hors de portée pour une large partie des familles françaises. Cette rareté n’est pas une fatalité selon lui — c’est simplement le reflet d’une offre humaine limitée.

Or les assistants conversationnels progressent à une vitesse que peu d’observateurs avaient anticipée il y a cinq ans. Gates estime que ces outils pourront bientôt écouter un patient, poser les bonnes questions, proposer une réponse médicale fiable, et expliquer une leçon de mathématiques avec la patience d’un répétiteur privé. L’expertise, jusque-là précieuse parce que rare, deviendrait alors abondante — et presque gratuite.

Médecins et enseignants : les deux métiers cités en premier

Ce ne sont pas des exemples choisis au hasard. En mentionnant spécifiquement les médecins et les enseignants devant Jimmy Fallon, Gates a visé deux professions symboliques, deux piliers de l’État-providence à la française, deux secteurs où la pénurie de professionnels est déjà documentée par le ministère de la Santé et par le ministère de l’Éducation nationale.

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Un logiciel capable d’évaluer des symptômes ou d’adapter un cours au niveau d’un élève pourrait combler, à moindre coût, le manque de praticiens dans les déserts médicaux qui touchent aujourd’hui près de 6 millions de Français selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES). Pour Gates, l’intérêt de l’IA ne réside pas seulement dans sa performance, mais dans sa capacité à diffuser une expertise aujourd’hui géographiquement et financièrement inaccessible.

Deux ou trois jours de travail par semaine : une hypothèse sérieuse ?

Le bouleversement ne s’arrêterait pas au cabinet médical ou à la salle de classe. Gates a également évoqué une semaine de travail réduite à deux ou trois jours une fois que les machines auront pris en charge une large part de la production. Nos sociétés devront alors réinventer ce qu’elles veulent faire de tout ce temps libéré — non plus travailler pour produire, mais choisir des activités jugées utiles ou plaisantes.

Il ne prédit pas pour autant une automatisation totale. Certains domaines resteraient, selon lui, longtemps entre des mains humaines :

  • La programmation de pointe, où la créativité architecturale reste déterminante
  • La recherche en biologie fondamentale, trop incertaine pour être déléguée
  • La conduite des systèmes énergétiques, dont les enjeux de sécurité exigent un jugement humain
  • Toute activité où la responsabilité légale et morale ne peut pas être transférée à un logiciel

La frontière entre tâches automatisables et savoir-faire proprement humain, cependant, ne cesse de se déplacer — et c’est précisément ce mouvement continu qui rend les projections à dix ans aussi séduisantes qu’incertaines.

Les limites actuelles que Gates lui-même reconnaît

Ces déclarations spectaculaires méritent du recul, et Gates est le premier à le dire. Les IA actuelles commettent encore trop d’erreurs pour remplacer un médecin ou un enseignant du jour au lendemain. Son horizon de dix ans reste une hypothèse, portée par un homme qui a bâti sa fortune sur l’informatique et qui investit aujourd’hui massivement dans ce secteur via la Fondation Bill et Melinda Gates.

Ses prédictions passées se sont d’ailleurs parfois réalisées, parfois manqué leur cible. D’autres voix, parmi les chercheurs comme parmi les économistes, jugent ce calendrier particulièrement optimiste. Beaucoup rappellent qu’un diagnostic médical engage une responsabilité qu’aucun logiciel n’assume aujourd’hui — et qu’aucun tribunal français ne saurait attribuer à un algorithme.

Ce que 2035 dira vraiment sur la promesse de Gates

La prochaine décennie constituera un test grandeur nature. Si les outils d’IA atteignent effectivement le niveau de fiabilité que Gates anticipe, les politiques de santé et d’éducation en France — et bien au-delà — devront se recomposer en profondeur. La question du remboursement d’un diagnostic posé par une IA, de la responsabilité en cas d’erreur, ou du statut des professionnels partiellement supplantés se posera alors avec une acuité que les textes réglementaires actuels n’ont pas encore anticipée.

Pour l’heure, le médecin de famille et le professeur en chair et en os ont encore de beaux jours devant eux — mais les dix prochaines années décideront si cette certitude mérite d’être révisée.

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