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Cratère Schiaparelli : le survol en 3D de Mars Express révèle le paysage final de Seul sur Mars

Cratère Schiaparelli : le survol en 3D de Mars Express révèle le paysage final de Seul sur Mars

Le 19 août 2026, l’Agence spatiale européenne a mis en ligne quatre minutes de vol virtuel au-dessus du cratère Schiaparelli. Les images ne viennent d’aucun appareil photo posé sur le sol : elles sont reconstituées depuis l’orbite, à partir des données accumulées par la sonde Mars Express depuis 2003. Le résultat ressemble à une descente d’avion au-dessus d’un désert rougeâtre, vaste et presque silencieux.

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Ce bassin de 460 kilomètres de large n’est pas seulement un accident géologique parmi d’autres. C’est aussi le terminus choisi par l’écrivain Andy Weir pour son roman Seul sur Mars, rendu célèbre par le film avec Matt Damon — et cette coïncidence culturelle donne soudain à ces images une résonance inattendue. La question qui se pose alors : à quoi ressemble vraiment ce paysage que le personnage de Mark Watney a mis des mois à rejoindre ?

Un cratère de 460 km façonné par trois milliards d’années de comblement

L’astéroïde qui a creusé Schiaparelli mesurait probablement une quarantaine de kilomètres. L’impact a ouvert un trou de 4 à 5 kilomètres de profondeur, dans une région aujourd’hui centrée autour de 8° S / 17° E. Le rebord culmine à peine à 2 kilomètres au-dessus des plaines voisines — une hauteur modeste au regard de la circonférence du bassin.

Ce que l’on voit aujourd’hui n’est pas ce choc originel, mais son effacement progressif. Des coulées volcaniques, des sédiments déposés par d’anciens lacs et des poussières charriées par le vent martien se sont accumulés sur trois à quatre milliards d’années. Les petits cratères qui ponctuent le fond disparaissent presque sous ces dépôts. Le bassin paraît désormais quasiment plat, son rebord rongé par une érosion avancée.

La caméra HRSC de Mars Express a reconstruit le relief en trois dimensions

La caméra HRSC — sigle de High Resolution Stereo Camera — appartient au Centre aérospatial allemand, le DLR. Elle vole à bord de Mars Express depuis plus de vingt ans et observe le sol sous cinq angles simultanés, dans quatre couleurs différentes. Ces prises de vue croisées permettent de calculer un modèle numérique de terrain en trois dimensions.

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La fabrication du film exige ensuite un travail considérable. Chaque seconde de vidéo mobilise 50 images calculées séparément, le long d’une trajectoire prédéfinie. Pour que le relief soit lisible à l’œil, les ingénieurs l’ont amplifié d’un facteur trois par rapport à la réalité — sans cela, la quasi-planéité du fond serait décourageante à regarder. Une brume artificielle masque les limites du modèle à l’horizon, à partir d’une distance de 250 kilomètres. Le traitement systématique des données a été réalisé à l’Institut de recherche spatiale du DLR à Berlin-Adlershof, et le film lui-même produit par le groupe de sciences planétaires de la Freie Universität Berlin.

Le survol commence au bord d’Evros Vallis, un réseau de vallées vieilles de plus de trois milliards d’années

Le vol virtuel s’ouvre au sud-ouest du bassin, à proximité d’Evros Vallis. Ce réseau de vallées ramifiées témoigne d’une époque où l’eau coulait encore librement en surface de Mars, il y a plus de 3 milliards d’années. Les terres australes de la planète rouge gardent partout la trace de ce climat passé, plus chaud et plus humide qu’aujourd’hui.

La caméra remonte ensuite vers le rebord nord du cratère avant de plonger vers l’intérieur du bassin. Le contraste est saisissant : d’un côté, des parois érodées et découpées ; de l’autre, un fond presque uniforme, couvert de poussière fine, sans reliefs marqués. Aucune sonde n’a jamais survolé le sol martien à cette altitude dans la réalité — le vol reste entièrement virtuel, assemblé pixel par pixel depuis l’orbite.

Giovanni Schiaparelli, l’astronome dont une erreur de traduction a engendré le mythe des Martiens bâtisseurs

Le cratère porte le nom d’un astronome italien né en 1835. En 1877, lors de la grande opposition de Mars — le moment où la planète passe au plus près de la Terre — Giovanni Schiaparelli cartographie la surface martienne et croit y distinguer un réseau de lignes sombres. Il les appelle canali, terme italien signifiant simplement des chenaux naturels.

Les astronomes anglophones traduisent le mot par canals — des canaux artificiels. Cette confusion sémantique a suffi à alimenter pendant des décennies l’hypothèse d’une civilisation martienne capable de grands travaux d’irrigation. Les sondes spatiales ont depuis balayé cette idée, tout en confirmant, paradoxalement, que de l’eau liquide a bien existé dans cette région de Mars, peut-être sous forme de lac.

Pourquoi ce cratère est devenu le terminus de Mark Watney dans Seul sur Mars

Dans le roman d’Andy Weir publié en 2011, puis dans l’adaptation cinématographique de Ridley Scott sortie en 2015 avec Matt Damon, l’astronaute Mark Watney traverse Mars à bord d’un rover pour rejoindre un véhicule d’ascension posé dans le cratère Schiaparelli. Le choix de ce lieu n’est pas anodin : son fond plat et dégagé en fait un site d’atterrissage plausible.

Voici ce que les images de Mars Express révèlent sur ce décor fictif devenu réel :

  • Un diamètre de 460 km, soit environ la distance entre Paris et Bordeaux.
  • Un rebord culminant à 2 km au-dessus des plaines, bien moins abrupt qu’imaginé.
  • Un fond presque plat, recouvert de dépôts sédimentaires et de poussières éoliennes accumulés sur des milliards d’années.
  • Des traces d’anciens lacs, confirmées par les données orbitales de Mars Express.
  • Une absence totale d’atterrissage humain ou robotique à ce jour — le site reste vierge de toute sonde.

La vidéo de l’ESA dure quatre minutes et dix-huit secondes. Elle est disponible depuis le 19 août 2026 dans la vidéothèque de l’Agence spatiale européenne, accompagnée d’un guide audio.

Mars Express, la sonde qui filme Mars depuis 2003 sans jamais se poser

Lancée en juin 2003 par l’ESA, Mars Express est l’une des missions les plus longues de l’histoire de l’exploration martienne. Elle orbite autour de la planète rouge depuis plus de vingt ans, sans interruption. Sa caméra HRSC a produit des modèles de terrain sur l’ensemble de la surface martienne — une cartographie qui alimente régulièrement ce type de survol virtuel.

Le cratère Schiaparelli, lui, attend toujours sa première visite rapprochée. Aucune mission d’atterrissage n’y est planifiée à ce jour, ni par l’ESA ni par la NASA — ce qui laisse entière la question de ce que recèlent vraiment ces sédiments accumulés au fond du bassin depuis l’aube du système solaire.

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