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Inondation Népal-Tibet : pourquoi une deuxième vague menace encore les vallées de Rasuwa

Inondation Népal-Tibet : pourquoi une deuxième vague menace encore les vallées de Rasuwa

Le 26 août, à 8h37 heure locale, une avalanche de glace et de roche s’est abattue dans la vallée de la Lhende Khola, à la frontière népal-tibétaine. Le choc a provoqué une secousse équivalente à un séisme de magnitude 5,2, avant de déclencher une coulée de boue et de débris d’une violence rare. En quelques minutes, la rivière a changé de visage.

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Trois jours plus tard, l’alerte n’est toujours pas levée. Le pan de glacier et de roche qui a plongé dans la Lhende n’a pas totalement libéré son emprise sur le cours d’eau, et de nouvelles pluies sont annoncées dans le comté tibétain de Gyirong cette semaine. La question que tout le monde évite de poser à voix haute est pourtant là : et si une deuxième vague arrivait avant la fin de la saison des pluies ?

Ce qui rend le barrage naturel si imprévisible

L’avalanche a vraisemblablement formé un barrage naturel en obstruant partiellement le lit de la rivière. Ce type de digue improvisée est réputé instable : la pression de l’eau accumulée peut la faire céder brutalement, sans qu’aucun nouvel événement déclencheur ne soit nécessaire. C’est précisément ce scénario que redoutent les autorités chinoises et népalaises.

Le président Xi Jinping a appelé à renforcer les systèmes d’alerte précoce «pour prévenir les catastrophes secondaires», signal que le danger reste bien actif. Les secours craignent également que de nouvelles pluies ne réactivent les glissements de terrain ou ne fragilisent des berges déjà déstabilisées par le premier choc.

Un phénomène encore mal compris par les géologues

L’origine exacte de la coulée initiale reste débattue entre spécialistes. Une équipe internationale de géologues, dont Daniel Shugar de l’Université de Calgary, tente de déterminer si un lac glaciaire a joué un rôle, comme lors d’une inondation survenue sur ce même cours d’eau en août 2025. Pour l’instant, aucun élément ne confirme ce scénario.

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Dave Petley, géologue et vice-chancelier de l’université Nottingham Trent, qui tient un blog scientifique consacré aux glissements de terrain sur le site Eos de l’American Geophysical Union, écarte quant à lui l’hypothèse d’un séisme déclencheur. Selon lui, la secousse enregistrée correspond au mouvement de l’avalanche elle-même, et non à un événement tectonique distinct. Cette distinction n’est pas anodine : comprendre précisément l’enchaînement des faits conditionne l’évaluation du risque résiduel sur place.

La vallée de la Lhende Khola avait déjà débordé en août 2025, quand un lac supraglaciaire situé en amont, côté tibétain, s’était vidé brutalement. Ce premier épisode avait fait neuf morts et emporté le pont de l’Amitié reliant le Népal à la Chine. Le même cours d’eau a donc débordé deux fois en quatorze mois.

Une deuxième vague frapperait une population sans répit

Mark Maslin, professeur à l’University College London et responsable du volet climat, santé et sécurité à l’Université des Nations unies, décrit ce phénomène à travers la notion d’écart de rétablissement : plus une catastrophe survient tôt après la précédente, plus ses conséquences s’aggravent. Routes, ponts et habitations ne sont pas encore reconstruits. Les familles n’ont pas eu le temps de reconstituer leurs réserves ni de réparer leurs toits.

Une étude publiée en janvier 2025 dans la revue iScience par des chercheurs de l’Institut Potsdam vient chiffrer ce mécanisme : lorsque le rétablissement reste incomplet entre deux inondations, les pertes peuvent augmenter de 40 % par rapport à un événement survenu en terrain vierge de catastrophe récente. Les districts népalais de Rasuwa et de Nuwakot, ainsi que le comté de Gyirong côté chinois, concentrent aujourd’hui cette vulnérabilité.

Pourquoi le Népal reçoit l’alerte trop tard

Un défaut structurel aggrave la situation : faute de mécanisme d’échange de données en temps réel avec la Chine, le Népal ne reçoit généralement l’alerte qu’une fois la crue déjà entrée sur son territoire. La marge de réaction de la population se réduit d’autant. Ce délai n’est pas une fatalité technique, mais le reflet d’une coopération transfrontalière encore insuffisante sur les données hydrologiques en temps réel.

  • Le 26 août 2026, l’avalanche a frappé à 8h37 heure locale.
  • La secousse enregistrée équivalait à un séisme de magnitude 5,2.
  • Le même cours d’eau avait déjà débordé en août 2025, causant 9 morts.
  • L’écart entre les deux événements : 14 mois.
  • Les pertes supplémentaires liées à un rétablissement incomplet peuvent atteindre 40 %, selon l’Institut Potsdam.

L’Himalaya face à un risque appelé à se répéter

Ce scénario dépasse largement la seule vallée de la Lhende. Le plateau tibétain alimente plusieurs grands fleuves d’Asie, et ses glaciers se déstabilisent à mesure que le réchauffement climatique s’accélère. L’ICIMOD, centre de recherche basé à Katmandou, recense 47 autres lacs glaciaires jugés dangereux sur sa liste de surveillance, dont celui de Thulagi, près du mont Manaslu.

Selon une étude de 2018, ce lac seul serait capable de menacer quatre centrales hydroélectriques en cas de rupture. À l’échelle mondiale, environ 15 millions de personnes vivraient en aval de ce type de lac glaciaire à risque. Pour les habitants de ces vallées, la vraie question n’est donc pas de savoir combien de temps prendra la reconstruction — mais si le terrain qui surplombe leur maison tiendra jusqu’à la fin de la saison des pluies.

Les recherches des personnes portées disparues depuis le 26 août se poursuivent, tandis que les autorités chinoises et népalaises surveillent l’évolution du site heure par heure — sans encore savoir ce que les prochaines pluies décideront.

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