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Boeing 737 Récif Artificiel : Comment un Avion Coulé près de Chemainus Abrite Désormais des Centaines d’Espèces Marines

Boeing 737 Récif Artificiel : Comment un Avion Coulé près de Chemainus Abrite Désormais des Centaines d’Espèces Marines

En juin 2026, Carl Sorensen replonge dans le détroit de Georgie pour retrouver un appareil qu’il avait déjà exploré quatre ans plus tôt. À vingt-sept mètres de profondeur, près de Chemainus sur l’île de Vancouver, un Boeing 737 repose sur des supports métalliques depuis exactement vingt ans. La carcasse est à peine reconnaissable : là où il n’y avait qu’un cylindre d’aluminium nu, des colonies d’anémones géantes s’étalent désormais sur chaque surface rigide.

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Ce plongeur canadien confie au Daily Hive que la transformation le laisse sans voix. Mais la vraie question — celle que se posent les biologistes marins depuis l’immersion de janvier 2006 — est de savoir si une épave aéronautique peut véritablement remplacer un habitat naturel dans un fond marin presque uniformément vaseux.

Un ancien avion de Canadian Airlines transformé en récif en janvier 2006

Avant sa seconde vie sous-marine, cet appareil transportait des passagers pour Canadian Airlines. Air Canada, qui avait absorbé la compagnie, l’a retiré du service en raison de son ancienneté et de faiblesses structurelles, puis a cédé le fuselage après récupération de tous les composants encore exploitables. L’organisation Artificial Reef Society of British Columbia a alors pris le relais — mais il lui a fallu trois années entières pour trouver un site acceptable entre Vancouver et Comox.

Le 14 janvier 2006, une grue dépose enfin la carcasse dans le détroit de Georgie. Privée de son train d’atterrissage, elle repose sur des supports hauts de 3,35 mètres et mesure 30 mètres dans chaque axe principal. La structure est légèrement inclinée, pointe avant relevée comme si elle s’apprêtait encore à décoller. Un espace de 5 mètres sépare sa partie basse du fond, laissant circuler librement les courants.

Pourquoi l’aluminium colonise plus lentement qu’une coque d’acier

Un substrat sableux n’offre presque aucun point d’accroche aux organismes fixés. Le Boeing, lui, présente des parois verticales rigides — exactement ce que recherchent les anémones plumeuses Metridium farcimen. Certains individus dépassent un mètre d’ouverture, ce qui en fait l’une des espèces les plus spectaculaires du Pacifique nord.

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Carl Sorensen signale également la présence de sébastes, de nudibranches, de concombres de mer et de comatules sur les différents supports de la structure. Mais la progression reste plus lente que sur un navire : l’aluminium fixe difficilement les larves, contrairement à l’acier d’une coque. Au cours des premières années, les plongeurs ne rencontraient qu’un tube dépouillé. Aujourd’hui, la métamorphose est visible à l’œil nu dès la descente.

Les plongées sur ce récif s’effectuent au nitrox, un mélange enrichi en oxygène qui compense la profondeur de 27 mètres. Une balise flottante signale l’emplacement exact depuis la surface.

Ce que révèle l’étude comparative entre récifs artificiels et parois naturelles

Depuis 1991, l’Artificial Reef Society of British Columbia a immergé huit navires dans les eaux de la province — contre un seul appareil volant. Une étude menée à l’aide d’un robot submersible a comparé ces installations aux parois rocheuses naturelles environnantes. Le constat est nuancé : les structures artificielles rassemblent une densité d’animaux supérieure, mais leur diversité spécifique reste inférieure à celle des habitats naturels.

Un animal brille par son absence dans ce bilan : l’oursin rouge. La pollution et la surpêche ont presque éliminé Mesocentrotus franciscanus de cette zone du détroit de Georgie, alors même que l’espèce donnait autrefois son nom au paysage local.

Le récif Xihuw et son hommage aux nations Coast Salish

C’est précisément cet échinoderme devenu rare qui inspire l’appellation officielle du site. Les responsables du projet ont retenu le terme Xihuw, mot tiré du hul’qumi’num, la langue parlée par les Coast Salish du sud-est de l’île de Vancouver. Le choix n’est pas symbolique : une plaque fixée sur la structure adresse des remerciements explicites aux Hul’qumi’num Mustimuhw ainsi qu’à leurs ancêtres.

La pointe avant tronquée de l’appareil accueille par ailleurs un masque sculpté dans du cèdre rouge représentant l’oursin. Ce détail, ajouté lors de la préparation du fuselage, ancre le récif artificiel dans le territoire culturel et spirituel des premières nations de la région.

Ce que les bénévoles ont dû retirer avant l’immersion

Préparer un avion commercial pour l’immerger n’a rien d’anodin sur le plan environnemental. Des équipes de bénévoles ont procédé à un nettoyage méthodique en plusieurs étapes :

  • Dépose complète de l’isolant thermique et acoustique
  • Élimination des résidus d’huile et de graisse dans tous les compartiments
  • Démontage de chaque élément susceptible de libérer des polluants dans l’eau
  • Conservation du seul aluminium nu et des compartiments à bagages
  • Fixation du masque sculpté en cèdre sur la pointe avant

Le résultat est une structure totalement purifiée, sans revêtement ni matériau composite dangereux. Pour y accéder, les plongeurs embarquent depuis la rampe de mise à l’eau de Chemainus, point de départ unique pour rejoindre le récif Xihuw.

Vingt ans après son immersion, le Boeing continue de changer — et les biologistes qui suivent l’évolution du site savent que les grandes espèces structurantes, comme les éponges et les gorgones, n’ont souvent besoin que de quelques décennies de plus pour s’installer durablement.

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