Le 31 juillet 2026, depuis son siège de Genève, l’Organisation météorologique mondiale a diffusé une alerte qui n’a rien d’habituel : un épisode El Niño classé « fort » est en train de se mettre en place dans le Pacifique équatorial, avec une anomalie de température de surface atteignant 2,9 °C dans les zones de surveillance officielles. Ce n’est pas une projection lointaine. C’est une trajectoire déjà engagée, dont le pic est attendu avant novembre 2026.
Quelques mois plus tôt, en février, c’est encore une La Niña affaiblie qui régnait sur le Pacifique. La bascule vers El Niño s’est produite à une vitesse qui a déconcerté les spécialistes — d’autant que les océans mondiaux battaient déjà des records de chaleur en juin 2026. Ce qui se joue aujourd’hui dans le Pacifique déterminera en grande partie les conditions climatiques de la planète entière jusqu’en 2027.
El Niño s’intensifie à une vitesse inhabituelle dans le Pacifique
Entre février et avril 2026, les conditions restaient encore neutres ou légèrement négatives dans le Pacifique équatorial. Puis les eaux de surface ont grimpé franchement au-delà du seuil d’El Niño en l’espace de quelques semaines. Cette accélération a frappé par sa rapidité, dans un contexte où les températures océaniques mondiales n’avaient jamais été aussi élevées à pareille époque.
Selon le bulletin de mise à jour climatique saisonnière de l’OMM publié fin juillet, l’épisode en cours se classe officiellement dans la catégorie « fort » de la grille internationale, sur une échelle allant de faible à très fort. La dispersion entre les différents modèles de prévision est faible — signe, dans le jargon des météorologues, d’une confiance élevée dans la trajectoire annoncée. L’intensification devrait se poursuivre jusqu’en novembre au moins.
Un triplet océanique aggrave les risques : Pacifique, Indien, Atlantique
El Niño ne joue pas seul. En parallèle, un dipôle positif de l’océan Indien devrait se développer avec une valeur saisonnière moyenne de 0,6 °C. Ce mécanisme réchauffe la partie occidentale de cet océan tout en refroidissant sa partie orientale, ce qui perturbe les régimes de mousson sur une large bande tropicale.
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L’Atlantique tropical affiche lui aussi des anomalies positives au-dessus de la normale. Ces trois facteurs — Pacifique, océan Indien, Atlantique — agissent de concert. Leur combinaison pourrait amplifier significativement les sécheresses, les inondations et les incendies de végétation, en particulier dans les régions tropicales et subtropicales.
Sécheresse d’octobre : ce que le sud de l’Europe risque concrètement
Le bulletin de l’OMM identifie le nord de l’Europe et le sud du continent comme des zones exposées à des conditions plus sèches que la normale. Pour le pourtour méditerranéen — déjà éprouvé par les canicules de l’été 2026 — cela signifie une probable aggravation du déficit hydrique à l’automne, précisément au moment où les sols auraient besoin de se recharger avant l’hiver.
Les températures au sol devraient dépasser les moyennes saisonnières presque partout en Europe. Les épisodes de sécheresse prolongée en automne pèsent directement sur les nappes phréatiques, les rendements agricoles de la campagne suivante et le risque d’incendies tardifs dans les forêts encore sèches de l’arc méditerranéen.
Les régions qui subiront des excès de pluie d’ici octobre 2026
El Niño ne synonymise pas la sécheresse partout. Le bulletin prévoit des précipitations nettement supérieures à la normale dans plusieurs zones :
- La Corne de l’Afrique et l’Afrique de l’Est
- L’Asie centrale
- L’ouest du continent nord-américain
- Le sud-est de l’Amérique du Sud
- Une partie du sud de l’Europe méridionale
Ces excès pluviométriques pourraient favoriser des inondations et des glissements de terrain dans les zones les plus vulnérables. À l’inverse, le sous-continent indien, le sud de l’Australie et le sud de l’Amérique centrale subiraient des conditions plus sèches, avec des impacts directs sur les récoltes et l’accès à l’eau potable.
L’OMM mobilise les gouvernements pour agir avant le pic de novembre
Plusieurs briefings ont été organisés au sein du système des Nations unies pour coordonner les réponses humanitaires anticipées. Celeste Saulo, secrétaire générale de l’OMM, a insisté sur le fait que cette fenêtre de prévision de plusieurs mois constitue une opportunité rare d’agir en amont plutôt qu’en réaction. Des bulletins régionaux ont complété le dispositif : l’Afrique de l’Ouest et le Sahel ont reçu des prévisions pluviométriques spécifiques dès juin 2026.
Les épisodes El Niño surviennent tous les deux à sept ans et durent en moyenne neuf à douze mois. Leur pic d’intensité se situe généralement entre novembre et février. Leurs effets les plus marqués sur le climat planétaire apparaissent l’année suivante — ce qui signifie que les conséquences les plus lourdes de l’épisode actuel pourraient se manifester courant 2027, bien après que les bulletins d’alerte d’aujourd’hui auront été oubliés.
La question qui reste ouverte est de savoir si les gouvernements européens traduiront ces prévisions en mesures concrètes de gestion de l’eau avant que les aquifères méditerranéens n’entament leur deuxième hiver consécutif en déficit.
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