Le 8 avril 2025, quelque part dans le ciel turc, un drone de combat sans pilote a largué un engin de quatre mètres depuis une altitude d’environ 3 087 mètres et à une vitesse de 150 nœuds. L’appareil largué, le SÜPER ŞİMŞEK, a ensuite volé seul pendant près de 50 minutes avant de se poser sous parachute. Ce détail — la récupération — le distingue radicalement d’une munition classique qui se consomme en une seule mission.
En août 2025, Turkish Aerospace (TUSAŞ) a diffusé une vidéo montrant l’ANKA III en vol avec deux de ces engins accrochés sous ses ailes. La silhouette est frappante : un triangle sombre sans empennage apparent, flanqué de deux fuselages élancés. La question que cette image laisse ouverte est précisément celle que le programme cherche à résoudre — un porteur furtif peut-il réellement lâcher deux drones en vol simultané sans compromettre ni sa discrétion ni la sécurité de séparation ?
L’ANKA III, une aile volante furtive conçue pour porter d’autres appareils
Turkish Aerospace a présenté l’ANKA III en 2026 comme son avion de combat à réaction le plus ambitieux. Son premier vol officiel remonte au 28 décembre 2023. La cellule ressemble moins à un chasseur classique qu’à un delta sans queue, une forme pensée pour réduire la signature radar.
Selon les fiches techniques publiées par le constructeur, l’appareil dispose de deux stations d’emport internes et de cinq points externes, pour une charge utile totale de 1 200 kg et une masse maximale au décollage de 6 500 kg. La vidéo d’août montre les deux points extérieurs occupés, un sous chaque aile, par les fuselages du SÜPER ŞİMŞEK.
Le SÜPER ŞİMŞEK : quatre mètres de polyvalence sous chaque aile
Chaque SÜPER ŞİMŞEK mesure 4 mètres de long et peut peser jusqu’à 200 kg au décollage — très loin du petit quadricoptère grand public. Sa charge utile atteint 50 kg, ce qui laisse une marge pour des configurations très différentes selon la mission.
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C’est là que réside l’intérêt opérationnel central. Une même cellule peut servir de cible d’entraînement, de leurre, de brouilleur électronique, de relais de communication ou d’effecteur offensif. Il suffit de changer la charge emportée, sans redessiner l’appareil. Turkish Aerospace annonce pour cet engin une vitesse de Mach 0,85 — soit environ 1 044 km/h à haute altitude —, une endurance de 80 minutes et un plafond opérationnel de 35 000 pieds, soit 10 668 mètres.
Pourquoi le porteur économise la ressource des drones emportés
La logique du système repose sur un principe simple : les petits appareils n’ont pas à brûler leur propre carburant pendant la phase d’approche, souvent la plus longue. L’ANKA III les transporte jusqu’à proximité de la zone d’action, puis les libère en meute coordonnée.
Une fois séparés, les SÜPER ŞİMŞEK peuvent se répartir les rôles en temps réel. Les scénarios envisagés par le constructeur combinent plusieurs fonctions simultanées :
- Un leurre attire l’attention des systèmes de défense adverses.
- Un brouilleur dégrade les radars et les liaisons ennemies.
- Un relais maintient la communication avec l’ANKA III porteur.
- Un ou plusieurs effecteurs attaquent l’objectif désigné.
Ces fonctions reposent sur des liaisons de données durcies contre le brouillage. Turkish Aerospace évoque plusieurs degrés d’automatisation — formation, replanification en vol — sans pour autant décrire une sélection létale sans intervention humaine.
Le largage simultané des deux drones : l’épreuve que la vidéo ne montre pas encore
L’essai d’avril 2025 a démontré qu’un SÜPER ŞİMŞEK pouvait être largué depuis l’ANKA III et voler de façon autonome. Passer d’un largage unique à un largage double est une autre affaire. Les attaches doivent libérer les deux appareils dans un écoulement aérodynamique qui ne les rabatte ni contre la voilure ni l’un vers l’autre.
L’ordre de départ, la distance initiale entre les deux engins et la maîtrise du basculement au moment de la séparation deviennent aussi critiques que la résistance mécanique du point d’emport pendant le vol de croisière. Par ailleurs, les points d’emport externes ajoutent de la traînée et dégradent potentiellement la discrétion que la forme en aile volante de l’ANKA III est censée garantir.
La vidéo d’août confirme le portage simultané des deux drones en vol. Elle ne montre pas encore le largage double. C’est précisément cette démonstration — deux appareils séparés proprement, puis opérant de concert — qui transformerait cette silhouette chargée en preuve d’une capacité de frappe distribuée réelle.
Le débat sur l’autonomie létale reste entier
Les images publiées par Turkish Aerospace ne permettent pas d’établir que ces systèmes choisissent seuls une cible létale. La distinction est importante : automatisation de la navigation et de la formation d’une part, décision de tir sans supervision humaine de l’autre, sont deux niveaux très différents d’autonomie.
À l’échelle internationale, le débat sur les systèmes d’armes létaux autonomes se déroule notamment dans le cadre des discussions portées par les Nations unies depuis 2014. Aucun cadre juridiquement contraignant n’a encore été adopté. Turkish Aerospace, de son côté, ne revendique pas pour ses systèmes une autonomie de désignation d’objectifs, mais la transparence des spécifications publiées reste partielle.
Le prochain jalon pour l’ANKA III sera donc d’ordre technique autant que doctrinal : démontrer un double largage en conditions réalistes, puis préciser publiquement à quel niveau humain la décision létale reste ancrée.
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