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Phare d’Alexandrie : Comment 80 Tonnes de Pierres Remontent du Grand Port en 2025

Phare d’Alexandrie : Comment 80 Tonnes de Pierres Remontent du Grand Port en 2025

Par cinq à sept mètres de fond, dans une eau souvent opaque que les courants du Grand Port d’Alexandrie rendent presque impraticable, des plongeurs ont passé des élingues autour de blocs que personne n’avait touchés depuis des siècles. Juin 2025 : vingt-deux pierres issues de la septième merveille du monde antique quittent la Méditerranée, soulevées par grue et posées sur barge, l’une après l’autre. L’opération, menée par le Centre d’Études Alexandrines, n’avait jamais été tentée à cette échelle dans cette zone d’Égypte.

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Ces blocs ne sont pas n’importe quels fragments : ils correspondraient au portail monumental du phare lui-même, l’entrée de l’édifice qui s’élevait à près de cent mètres au-dessus de la mer il y a plus de deux mille ans. La question que se posent désormais les archéologues est aussi vertigineuse que les pierres sont lourdes — comment reconstituer, même virtuellement, un bâtiment dont aucun équivalent antique ne nous est parvenu intact ?

Des linteaux de 80 tonnes arrachés au fond du Grand Port

Linteaux, montants, seuil : chaque pièce du portail pèse entre 70 et 80 tonnes. Extraire un seul de ces éléments mobilise une élingue spécifique, une grue de levage et une barge dédiée positionnée au-dessus du site. Les courants du Grand Port compliquent chaque plongée et réduisent le champ de vision des équipes sous-marines à quelques mètres.

Un vestige a particulièrement saisi l’équipe : un pylône à ouverture d’apparence égyptienne, exécuté selon un savoir-faire grec. Cette association stylistique inédite indique une commande grecque confiée à des artisans maîtrisant les codes de l’architecture égyptienne. Jusqu’à cette campagne, les chercheurs ne soupçonnaient pas l’existence de cet ouvrage. Ils le situent désormais à l’époque hellénistique, soit le début du 3e siècle avant notre ère.

Des centaines de photos pour un jumeau numérique du phare

Une fois remontée, chaque pierre est soumise à la photogrammétrie : plusieurs centaines de clichés par bloc permettent de générer une représentation tridimensionnelle précise. Ces fichiers rejoignent un corpus d’environ cent pièces déjà converties en modèles numériques sous-marins au fil des dix dernières années. Des ingénieurs bénévoles traitent ces données dans un environnement collaboratif immersif.

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L’objectif final est un jumeau numérique intégral — une maquette virtuelle complète du phare, accessible au grand public comme lors d’une visite sur place. L’équipe confronte plusieurs scénarios sur l’architecture du monument et sur les mécanismes responsables de sa destruction, en testant différentes hypothèses par simulation informatique.

C’est Isabelle Hairy, archéologue et architecte au CNRS, qui pilote ces recherches. Son travail consiste à déterminer comment un bâtiment de cette dimension a pu résister durant seize siècles avant de s’effondrer — une question d’ingénierie autant qu’archéologique, car aucun grand phare antique comparable n’est parvenu jusqu’à notre époque.

Le tsunami de 1303 et la fin brutale d’une merveille

Le phare avait été érigé sur ordre de Ptolémée Ier, au tournant du 3e siècle avant notre ère. Son feu s’éteignit le 8 août 1303, après qu’un tsunami ravagea une partie d’Alexandrie et fit basculer la structure. Aucune reconstruction ne fut entreprise. Dans les décennies suivantes, la population locale récupéra les matériaux pour construire le fort de Qaitbay, achevé en 1477.

C’est précisément devant cette forteresse que l’archéologue Jean-Yves Empereur repéra les décombres en 1995. Il inventoria sur place des milliers de fragments — parmi eux des sphinx et des colonnes — posant les premières bases de ce qui allait devenir l’un des chantiers sous-marins les plus ambitieux de la Méditerranée orientale.

Un documentaire de 90 minutes prévu sur France Télévisions

Le levage de juin 2025 a été intégralement filmé par une équipe de tournage. Le matériau ainsi collecté servira à produire un documentaire d’une heure trente, actuellement en post-production, dont la diffusion est programmée sur France Télévisions à l’automne 2026. Ce film constituera la première restitution audiovisuelle de grande envergure consacrée aux fouilles sous-marines du phare.

Le chantier lui-même ne s’arrête pas à ces vingt-deux blocs. Les pièces remontées rejoignent le corpus numérique en cours, et de nouvelles campagnes de plongée sont attendues dans les prochaines années pour compléter l’inventaire des fragments encore immergés au pied du fort de Qaitbay.

Ce que ces pierres pourraient révéler sur la construction antique

La valeur scientifique de l’opération dépasse le seul phare. Voici ce que les analyses en cours visent à établir :

  • La technique de taille et d’assemblage des blocs à l’époque ptolémaïque, qui reste mal documentée pour des structures de cette taille.
  • La nature exacte des fondations, dont la résistance sur seize siècles interroge encore les ingénieurs.
  • Le mélange stylistique gréco-égyptien du pylône, qui pourrait renseigner sur l’organisation des chantiers royaux hellénistiques.
  • Les mécanismes précis de l’effondrement post-tsunami de 1303, en comparant les positions des blocs sous-marins à leur emplacement supposé d’origine.

Chacun de ces points alimentera le modèle numérique global et, à terme, les hypothèses sur d’autres monuments antiques disparus dont il ne reste aucun vestige émergé.

Lorsque le jumeau numérique sera assez avancé pour être rendu public, les chercheurs devront trancher une question qui divise déjà les spécialistes : la représentation virtuelle d’une merveille disparue suffit-elle à en transmettre l’échelle — ou faut-il que les pierres elles-mêmes soient un jour exposées à Alexandrie ?

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