Politique

Projet Qiddiya Cergy : Pourquoi 200 Hectares Sans Bilan Écologique Inquiètent le Val-d’Oise

Projet Qiddiya Cergy : Pourquoi 200 Hectares Sans Bilan Écologique Inquiètent le Val-d’Oise

Lundi 24 juin 2026, sous les ors de l’Élysée, Emmanuel Macron et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane paraphent un protocole d’accord. L’objet : trois parcs d’attractions à Cergy-Pontoise, portés par Qiddiya Investment Company, filiale loisirs du fonds souverain saoudien PIF. L’investissement annoncé atteint six milliards d’euros. Les promoteurs promettent 22 000 emplois directs. L’un des trois parcs serait consacré à l’univers Dragon Ball, sur et autour de l’ancien site de Mirapolis, fantôme d’un parc fermé depuis 1991.

Partager l’article

XRedditLinkedIn

Ce qui frappe, ce n’est pas l’ambition du chiffre. C’est ce qui manque à côté : aucun bilan écologique chiffré n’accompagne l’annonce, le dossier environnemental reste incomplet, et les 200 hectares envisagés empiéteraient sur des terres agricoles à la lisière du Vexin français. La question que personne ne pose encore assez fort : à quel prix écologique ?

200 Hectares contre une Trentaine : l’Emprise Réelle du Projet Saoudien

L’ancienne friche de Mirapolis ne représente qu’une trentaine d’hectares, classés en zone de loisirs au plan local d’urbanisme de Courdimanche. Le resort saoudien, lui, s’étendrait sur environ 200 hectares — soit près de sept fois cette surface. Cette différence d’échelle n’est pas un détail administratif : elle implique l’acquisition de terrains agricoles voisins, à l’ouest et au sud du site actuel.

Le terrain appartient depuis 2019 au groupe UXCO. Il abrite depuis 2017 une communauté de gens du voyage, environ 400 personnes dont une vingtaine d’enfants scolarisés dans les communes environnantes. Un précédent projet de reconversion en éco-village touristique, sur une dizaine d’hectares seulement, avait déjà essuyé un refus : saisie en 2024, l’autorité environnementale d’Île-de-France avait pointé des insuffisances dans l’étude d’impact, et le préfet du Val-d’Oise s’était opposé au dossier.

Le mode de maîtrise foncière pour les nouvelles parcelles — négociation amiable ou procédure plus contraignante — reste, à ce jour, inconnu du public.

Vexin Français : Quand un Plateau Protégé Devient la Variable d’Ajustement

Courdimanche se trouve en bordure immédiate du parc naturel régional du Vexin français, un plateau agricole et naturel classé de 71 000 hectares. Sur ce territoire, les zones naturelles d’intérêt écologique couvrent près de 29 % de la surface totale. Les sites Natura 2000 qui le composent hébergent une quinzaine d’espèces protégées : plusieurs espèces de chauves-souris et une libellule rare, l’Agrion de Mercure.

Derniers articles

À lire aussi

Nouveautés de la rédaction
01Vol MH370 : Pourquoi une Fosse de 6 000 m Relance la Traque après 12 Ans02Influenceurs Post-Révolution : comment Paris a inventé le prescripteur de goût moderne dès 180603Centres de données IA : pourquoi les chantiers Meta et Amazon vident les chantiers de logements américains

Personne ne prétend que les parcs seraient construits en pleine réserve naturelle. Mais toute extension vers les parcelles agricoles avoisinantes viendrait grignoter un territoire classé précisément pour éviter ce type d’urbanisation. C’est là le paradoxe central du projet : son périmètre officiel longe une zone que la loi française protège, sans pour autant l’intégrer formellement.

Le Spectre d’EuropaCity : Quand Cergy a Déjà Dit Non

À vingt kilomètres à peine, dans le même département, le précédent EuropaCity illustre ce que ce type de projet peut coûter en termes juridiques et politiques. Ce complexe commercial et de loisirs, porté par Auchan et le groupe chinois Wanda, devait artificialiser plusieurs centaines d’hectares de terres agricoles fertiles du triangle de Gonesse. Le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé l’arrêté de création de la zone d’aménagement dès 2018. Le gouvernement a définitivement enterré le projet en novembre 2019, lors d’un Conseil de défense écologique, en invoquant la perte de services écosystémiques rendus par ces terres : captation de CO2, absorption des eaux pluviales, rafraîchissement de l’air en période de canicule.

Le contexte national n’a fait que durcir depuis. La France perd chaque année environ 82 000 hectares de terres agricoles au profit de l’urbanisation, selon Planétoscope. La loi Climat et résilience a inscrit dans le droit l’objectif de « zéro artificialisation nette », qui oblige les collectivités à réduire ce rythme et complique l’instruction de tout projet consommant de nouveaux espaces naturels ou agricoles.

Sur le plan politique local, le député du Val-d’Oise Aurélien Taché, non consulté en amont, exige « une réelle concertation » avec les habitants et dénonce une méthode qui met les élus « devant le fait accompli ». Deux conditions préalables à toute autorisation se dégagent déjà : le départ de la communauté installée sur le site, et la production d’une étude d’impact environnemental complète — jugée à ce jour insuffisante.

Ce que Disneyland Paris Révèle sur les Besoins Réels d’un Grand Parc

Pour mesurer l’ampleur de ce que représente réellement un tel complexe, le comparatif avec Disneyland Paris est éclairant. Le domaine de Marne-la-Vallée occupe aujourd’hui environ 2 230 hectares — l’accord initial de 1987 prévoyait déjà jusqu’à 1 943 hectares pour le seul Euro Disney Resort, sur des terres majoritairement agricoles avant sa construction.

Les besoins en ressources suivent la même logique d’expansion. Voici ce que Disneyland Paris consomme et produit chaque jour ou chaque année :

  • 2 100 m³ d’eau non potable utilisés quotidiennement pour les bassins, l’arrosage de 250 hectares d’espaces verts et le refroidissement de la centrale énergétique — une gestion qui a permis d’économiser 1,5 million de m³ en cinq ans.
  • 18 % des besoins en chauffage couverts par géothermie depuis 2017.
  • 36 GWh par an produits par une centrale photovoltaïque installée sur 20 hectares de parking — l’équivalent de la consommation d’une ville de 17 400 habitants.
  • Environ 890 tonnes de CO2 évitées chaque année grâce à cette production solaire.

Ces chiffres ne préjugent en rien de ce que consommeraient les parcs saoudiens, dont la conception reste inconnue. Mais ils démontrent qu’un complexe de cette nature ne se limite jamais à l’emprise annoncée au lancement : il entraîne, sur plusieurs décennies, des besoins croissants en eau, en électricité et en foncier.

Ce qui Manque Encore au Dossier du Val-d’Oise

C’est précisément ce qu’une étude d’impact complète doit chiffrer avant toute autorisation — et qui fait encore défaut. L’annonce de l’Élysée a créé une dynamique politique puissante : six milliards d’euros et 22 000 emplois, ce sont des arguments qui pèsent lourd dans n’importe quelle salle de conseil municipal. Mais la trajectoire réglementaire qui s’ouvre est longue et semée d’obstacles juridiques que le précédent EuropaCity a rendus visibles pour tous.

L’autorité environnementale d’Île-de-France devra se prononcer sur un nouveau dossier. Le préfet du Val-d’Oise, déjà opposé à un projet bien plus modeste sur le même terrain, aura son mot à dire. Et la loi Climat et résilience impose un cadre que ni l’enthousiasme diplomatique ni l’ampleur de l’investissement ne peuvent contourner par décret.

La date à laquelle Qiddiya Investment Company déposera un dossier environnemental complet — et la façon dont il répondra aux insuffisances déjà relevées en 2024 — déterminera si ce projet suit le chemin de Disneyland Paris ou celui d’EuropaCity.

Partager l’article

5 min de lecture

XRedditLinkedIn

Votre avis nous aide

Cet article valait-il la peine d’être lu ?

La conversation continue

Commentaires

Participer à la conversation

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut