Le 17 août 2026, sur un anneau d’athlétisme, une séquence de trente secondes à peine a suffi pour redistribuer les repères. On y voit une silhouette mécanique — sans tête, sans mains — propulser ses deux jambes à une cadence que peu d’observateurs auraient jugée crédible il y a encore deux ans. Les données diffusées par Unitree sur X ce jour-là sont aussi brèves que vertigineuses : 45,6 km/h en pointe, bond vertical de 2 m sans élan.
Ces chiffres suffisent à dépasser deux records humains considérés comme des plafonds quasi absolus. Mais derrière la performance filmée se nouent des questions plus embarrassantes pour Unitree : les mesures sont-elles vérifiables, et pourquoi ce clip sort-il exactement quarante-huit heures avant l’entrée en Bourse de l’entreprise ?
45,6 km/h : pourquoi Superman dépasse théoriquement Usain Bolt
La vitesse de pointe d’Usain Bolt lors de son record du monde du 100 m à Berlin en 2009 était de 12,42 m/s. Superman, lui, aurait atteint 12,66 m/s, soit un écart de 0,24 m/s — quelques dixièmes qui placent théoriquement l’androïde au-dessus du recordman absolu du sprint. C’est la première fois qu’un fabricant confronte directement les capacités d’un robot humanoïde à celles d’un champion de cette stature.
La comparaison reste cependant asymétrique. Bolt a parcouru 100 m chronométrés en compétition officielle. Superman a, selon les images publiées, atteint une vitesse instantanée maximale — ce qui n’est pas la même chose qu’une performance sur distance standardisée.
Des jambes de 85 cm pour un bond de 2 m : l’architecture qui rend cela possible
Le saut vertical sans élan de Superman est fixé à 2 m. Le record humain dans cette discipline appartient au Suédois Rune Almén, avec 1,90 m réalisé en 1980. L’humanoïde le dépasse donc de 10 cm — mais ses membres inférieurs ne mesurent que 85 cm. Le bond représente près de deux fois et demie la longueur de ses propres jambes, un ratio sans équivalent chez l’humain.
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Pour libérer cette puissance de propulsion, Unitree a délibérément retiré tête, mains et préhenseurs. La masse économisée est entièrement réaffectée aux deux membres inférieurs. Le robot n’est pas conçu pour manipuler ou percevoir l’environnement : il est optimisé pour une seule chose, se déplacer vite et sauter haut.
Ce que les images ne prouvent pas encore
Unitree n’a communiqué ni protocole de mesure, ni caractéristiques de la surface utilisée, ni masse exacte de l’engin en configuration de test. La reproductibilité de la performance n’est pas documentée. À cette vitesse, le défi central n’est d’ailleurs pas la propulsion mais l’équilibre : Superman recalcule le placement de chacun de ses membres plusieurs dizaines de fois par seconde pour éviter la chute en avant.
Pour situer l’écart avec la concurrence, Atlas — le robot de Boston Dynamics — culminait autour de 2,5 m/s. Le H1 d’Unitree lui-même atteignait 10 m/s. Superman franchit donc un nouveau palier, mais les valeurs annoncées attendent toujours une vérification indépendante. L’entreprise reconnaît par ailleurs que pilotage des mouvements, stabilité et efficacité énergétique doivent encore progresser. Superman est classé parmi les plateformes expérimentales, non parmi les produits commerciaux — et l’équipe technique l’a assemblé en un peu plus de trois mois.
La vidéo publiée 48 heures avant l’entrée en Bourse d’Unitree à Shanghai
Le clip est mis en ligne le 17 août 2026. Deux jours plus tard, le 19 août, Unitree rejoint le marché STAR de Shanghai. L’introduction en Bourse lui a rapporté 6,1 milliards de yuans, soit environ 830 millions d’euros, pour une valorisation totale proche de 8 milliards d’euros. La demande des particuliers a dépassé de plusieurs milliers de fois le volume de titres proposé.
Le fondateur de l’entreprise, Wang Xingxing, avait annoncé dès le début de l’année des humanoïdes capables de battre des sprinteurs humains, plusieurs mois avant cette cotation. La séquence de Superman s’inscrit donc dans une stratégie de communication balisée, dont la temporalité — clip, Bourse, compétition — n’est visiblement pas laissée au hasard.
Les World Humanoid Robot Games de Pékin, prochain test grandeur nature
Le contexte ne s’arrête pas à la Bourse. Du 22 au 26 août 2026, Pékin accueille les World Humanoid Robot Games, présentés comme les Jeux Olympiques des robots humanoïdes. Lors de l’édition précédente, Unitree avait remporté quatre médailles d’or — au 100 m, au 400 m, au 1 500 m et au relais.
Les performances de Superman y seront-elles reproduites dans un cadre arbitré, sur une distance certifiée, avec des capteurs tiers ? La réponse conditionnera la crédibilité réelle des chiffres du 17 août — et, pour une bonne part, la solidité de la valorisation que le marché de Shanghai vient d’accorder à Unitree.
- Vitesse de pointe revendiquée : 12,66 m/s — 45,6 km/h
- Record de Bolt (Berlin, 2009) : 12,42 m/s
- Bond vertical sans élan : 2 m (record humain Almén : 1,90 m en 1980)
- Longueur des membres inférieurs : 85 cm
- Durée de développement : un peu plus de trois mois
- Levée en Bourse (STAR Shanghai, 19 août 2026) : environ 830 millions d’euros
La question qui reste ouverte — et que les ingénieurs d’autres laboratoires commencent à poser publiquement — est de savoir si une vitesse instantanée mesurée en interne, sans témoin accrédité ni protocole publié, peut légitimement servir de référence mondiale.
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