Le 17 février 2026, dans le comté de Wushan, au cœur des gorges du Yangtsé, une poignée de résidents ont posé le pied sur la première marche d’un équipement que personne, ailleurs dans le monde, ne peut reproduire à cette échelle. Derrière eux, les pentes qui montent jusqu’à 60 % de déclivité — des parois quasi verticales qui ont longtemps condamné les habitants à une heure de montée épuisante pour rejoindre les quartiers hauts de la ville.
Quatre ans de chantier, 23 millions de dollars investis, soit environ 21 millions d’euros, et un assemblage d’une complexité inédite : l’escalator de Wushan est officiellement le plus grand du monde. Mais au-delà du record, c’est une question d’utilité quotidienne qui se pose — et c’est précisément là que l’infrastructure surprend le plus.
905 mètres sur un terrain où la pente atteint 60 % : ce que le relief de Wushan impose
Le comté de Wushan n’est pas une ville comme les autres. Déplacée lors de la construction du barrage des Trois-Gorges, la localité s’est retrouvée coincée sur des versants à la pente moyenne de 35 %, avec des sections qui frôlent les 60 %. Avant l’inauguration, relier les quartiers bas aux quartiers hauts exigeait soit une marche d’une heure sur des escaliers raides, soit un détour motorisé par des routes saturées aux heures de pointe.
Les autorités ont d’abord étudié la pose d’un train ou d’un téléphérique. Les deux options ont été abandonnées, jugées inadaptées à la configuration du terrain. C’est finalement un système modulaire d’escaliers mécaniques qui s’est imposé, capable de s’articuler avec la topographie plutôt que de la contraindre.
21 escaliers mécaniques, 8 ascenseurs, 4 tapis roulants : ce que recèle réellement ce système
L’escalator de Wushan n’est pas un seul escalier mécanique déployé sur 905 mètres. La structure assemble 21 escaliers mécaniques, 8 ascenseurs, 4 tapis roulants et plusieurs passerelles piétonnes, le tout coordonné pour franchir un dénivelé de 242 mètres. Le trajet complet dure 21 minutes.
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Huang Wei, ingénieur en chef chez China Railway Eryuan Engineering, la société responsable du projet, est formel : aucune infrastructure similaire n’existe nulle part ailleurs dans le monde. La conception modulaire permet à chaque segment de s’adapter indépendamment aux contraintes locales de la pente, ce qui était techniquement impossible avec un équipement monobloc.
L’ingénierie Schindler et les panoramas sur le Yangtsé : l’ambition visuelle du projet
Les composants mécaniques ont été fabriqués par le groupe suisse Schindler, dans une de ses usines implantées près de Shanghai. Ce n’est pas la première collaboration de Schindler avec la région : l’entreprise a déjà fourni 1 400 escalators au métro de Chongqing. Pour Wushan, les ingénieurs ont opté pour une structure largement vitrée, pensée pour alléger visuellement l’ensemble et ne pas occulter le paysage.
Trois plateformes panoramiques jalonnent le trajet, offrant des vues directes sur les gorges du Yangtsé. La nuit, des installations lumineuses transforment l’escalator en un ruban lumineux visible depuis les rives du fleuve. Ces choix esthétiques ne sont pas anodins : ils signalent clairement une double vocation, utilitaire et touristique, inscrite dans le projet dès sa conception.
9 000 usagers par jour et 450 000 trajets pendant le Nouvel An : la réalité de l’usage quotidien
Le bilan des premières semaines d’exploitation dépasse les projections initiales. Environ 9 000 personnes empruntent l’infrastructure chaque jour pour leurs déplacements ordinaires entre les parties basse et haute de la ville. Lors du Nouvel An chinois 2026, l’équipement a enregistré 450 000 trajets en quelques jours, un chiffre qui témoigne autant de l’attractivité touristique que de la demande locale.
Le tarif pratiqué à l’ouverture est fixé à 3 yuans par trajet, soit environ 0,40 euro. Les autorités précisent analyser les données d’utilisation avant d’arrêter un tarif définitif. À ce prix, l’accès reste largement abordable pour les résidents permanents de Wushan.
Chongqing, laboratoire mondial de la mobilité verticale depuis les années 1990
L’escalator de Wushan s’inscrit dans une tradition d’adaptation urbaine propre à la région. Chongqing, surnommée la ville verticale, compose depuis des décennies avec un relief que la quasi-totalité des métropoles mondiales ne connaissent pas. Dès les années 1990, la ville avait construit un escalator de 112 mètres pour connecter deux gares situées à des altitudes différentes.
Ce que Wushan ajoute à cette histoire, c’est l’échelle et la densité de l’usage. D’autres villes de montagne, en Chine comme ailleurs, étudient désormais ce modèle modulaire. La question qui se pose concrètement pour chacune d’elles est la même : à quel moment un terrain pentu cesse-t-il d’être un obstacle pour devenir une opportunité d’infrastructure ?
Les données d’exploitation accumulées à Wushan au cours des prochains mois fourniront les premiers éléments de réponse à cette question — et pourraient convaincre plusieurs villes de montagne de franchir le pas.
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