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Lielaphis slashi : pourquoi ce serpent de Nouvelle-Guinée porte le nom du guitariste de Guns N’ Roses

Lielaphis slashi : pourquoi ce serpent de Nouvelle-Guinée porte le nom du guitariste de Guns N’ Roses

C’était une nuit de 2006 dans les forêts du nord-est de la Nouvelle-Guinée. Chris Austin, herpétologiste de l’université d’État de Louisiane, avançait lampe de poche en main lorsqu’il a croisé une couleuvre terrestre d’une soixantaine de centimètres, brune aux reflets rougeâtres, ventre clair, qui filait au ras du sol. Il l’a capturée, consignée, rangée dans les collections. Puis les années ont passé — vingt exactement.

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Ce spécimen vient d’être officiellement décrit dans la revue Zootaxa le 11 août 2026, sous le nom de Lielaphis slashi. L’épithète ne renvoie ni à un explorateur, ni à une région géographique, mais à Slash — Saul Hudson de son vrai nom — guitariste emblématique de Guns N’ Roses. Pourquoi un musicien de rock se retrouve-t-il associé à un nouveau taxon de reptile découvert à l’autre bout du monde ?

Une découverte de nuit dans les forêts tropicales de Nouvelle-Guinée

La Nouvelle-Guinée, deuxième plus grande île du monde derrière le Groenland, abrite encore d’immenses étendues tropicales jamais cartographiées par les zoologistes. Chaque année ou presque, des spécialistes de l’herpétofaune y identifient des formes inédites. C’est dans ce contexte que Chris Austin prospectait les secteurs boisés du nord-est de l’île en 2006.

Les couleuvres du genre Lielaphis sont actives au crépuscule et la nuit, cherchant leurs proies au pied des arbres imposants. Ce mode de vie nocturne crée un danger réel pour les chercheurs : plusieurs serpents extrêmement venimeux présents sur l’île présentent une apparence quasiment identique. Un examen visuel seul ne permettait donc aucune identification fiable sur le terrain.

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La génétique révèle l’identité propre de Lielaphis slashi

L’individu collecté mesurait environ 71 centimètres. Nombre d’espèces apparentées partagent le même dos brun rougeâtre et le même ventre clair — les critères morphologiques classiques s’avéraient insuffisants. Tianqi Huang, signataire principal de l’étude publiée dans Zootaxa, a donc combiné trois approches complémentaires.

  • Séquençage à haut débit pour établir les distances génétiques avec les espèces voisines
  • Dénombrement précis des écailles selon les protocoles standards en herpétologie systématique
  • Modélisation de niche écologique, croisant conditions thermiques et couvert végétal entre populations distinctes

Ces trois lignes de preuve convergent vers la même conclusion : il s’agit bien d’une espèce à part entière. Avec cette validation, le genre Lielaphis compte désormais vingt membres reconnus. L’équipe associait le Field Museum de Chicago et l’université d’État de Louisiane, deux institutions dont les collections jouent un rôle décisif dans ce type de travail taxonomique de longue haleine.

Un souvenir d’enfance et une couverture de magazine à l’origine de l’hommage à Slash

Le choix du nom revient à Sara Ruane, conservatrice adjointe en herpétologie au Field Museum et dernière signataire de l’étude — position qui, en taxonomie, désigne généralement le chercheur principal. Passionnée de Guns N’ Roses dès l’enfance, elle se destinait déjà à l’herpétologie à dix ans. Deux ans plus tard, elle reçoit par courrier un numéro de Reptiles Magazine dont la couverture montre Slash tenant un python réticulé.

Des décennies plus tard, Sara Ruane retrouve cet entretien. Slash y évoque son attrait pour les musées et les parcs zoologiques, mais aussi ses chasses aux serpents dans la nature durant son enfance. En 1994, il avait d’ailleurs baptisé son projet solo Slash’s Snakepit — un clin d’œil à cet attachement aux reptiles. Touché par cet hommage, le musicien a reconnu n’avoir jamais imaginé qu’un taxon finirait un jour associé à son nom.

L’animal lui-même reste peu documenté sur le plan comportemental. Ses longues dents postérieures suggèrent un régime à base de petits lézards et d’œufs de reptiles. Lielaphis slashi est dépourvu de venin et ne représente aucun danger pour l’être humain.

Plantations de café et mines menacent l’habitat du serpent

La principale menace pesant sur cette espèce inoffensive n’est pas la prédation mais la disparition de son milieu. Dans les plaines du nord-est de la Nouvelle-Guinée, les plantations de café et les activités minières progressent et grignotent les forêts primaires. La taille de l’île — environ 785 000 km² — ne garantit pas à elle seule la préservation des espèces qui y vivent.

Attribuer une appellation scientifique à un taxon lui confère une existence administrative indispensable à toute procédure de protection. Sans nom officiel, un animal ne peut figurer dans les listes réglementaires ni bénéficier de mesures de conservation. L’équipe signale par ailleurs que Lielaphis aplini, espèce voisine, pourrait occuper une aire de répartition plus étendue que celle connue jusqu’ici — un nouveau terrain d’investigation s’ouvre donc.

Vingt ans se sont écoulés entre la nuit où Chris Austin a saisi ce spécimen dans l’obscurité d’une forêt de Nouvelle-Guinée et la publication qui lui donne enfin un nom : autant de temps qui rappelle combien les collections muséales constituent des réservoirs de découvertes en attente.

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