Le 17 août 2026, des ouvriers chargés de rénover un giratoire ordinaire à la sortie de Carmona, en Andalousie, ont mis au jour quelque chose d’inattendu : une voûte en briques dissimulée sous plusieurs décennies de bitume et de remblais. La route mène à l’ermitage de la Virgen de Gracia, à la lisière de la vieille ville. Personne, ce matin-là, n’anticipait que les pelleteuses allaient rouvrir un ouvrage vieux de quatre siècles.
Juan Ávila, maire de Carmona, a annoncé la découverte le jour même. L’équipe archéologique municipale date provisoirement la structure entre le 17e et le 18e siècle, mais c’est ce qui se trouve en dessous qui pose les questions les plus vertigineuses — et qui change tout à la lecture de ce carrefour banal.
Un ravin sec la plupart du temps, mais redoutable à la moindre averse
La route qui monte vers l’ermitage gravit une pente instable, soumise depuis toujours aux ruissellements. À l’emplacement du giratoire, un petit ravin barrait autrefois le passage. Presque sec pendant la majeure partie de l’année, il ne posait guère de problème aux voyageurs habituels.
Mais une forte averse suffisait à transformer cette dépression en torrent fouettant l’escarpement. Pour sécuriser la circulation en toutes saisons, des bâtisseurs ont un jour posé une arche en briques au-dessus du ravin. Juan Manuel Román, archéologue municipal de Carmona, a retrouvé plusieurs archives qui documentent ces difficultés récurrentes liées aux eaux pluviales, confirmant que plusieurs aménagements furent réalisés autour de la Puerta de Córdoba entre le 17e et le 18e siècle.
Le pont vieux de 400 ans repose sur une voie bien plus ancienne
L’arche en briques appartient aux Temps modernes — mais l’axe qu’elle enjambe, lui, est d’une tout autre époque. La Via Augusta, grande route impériale romaine, traversait déjà ce secteur avant de pénétrer dans Carmo, nom antique de Carmona. Sous l’Empire, le commerce et les légions empruntaient ce corridor pour rejoindre la Puerta de Córdoba, l’une des principales portes de la cité romaine.
À lire aussi
Juan Manuel Román précise cependant que rien ne démontre formellement une occupation antérieure à Rome, même si l’hypothèse ne peut être écartée. Ce qui est certain, en revanche, c’est la continuité de l’usage. À quelques mètres du pont, l’équipe avait déjà mis au jour une construction en blocs romains taillés, remployés vers le 16e siècle. Des portions pavées subsistent également, avec des états de conservation variables.
La coupe stratigraphique que l’on observe aujourd’hui résume à elle seule deux millénaires de circulation :
- En bas : la chaussée antique de la Via Augusta
- Au-dessus : des pierres romaines recyclées au 16e siècle
- Puis : l’arche en briques construite entre le 17e et le 18e siècle
- Encore au-dessus : les canalisations installées au 20e siècle
- Tout en haut : l’actuel giratoire, le tout sur quelques mètres d’épaisseur à peine
Pour Juan Manuel Román, l’intérêt majeur réside dans la permanence du parcours plutôt que dans l’ouvrage lui-même. Chaque époque semble avoir entretenu cet accès sans jamais l’abandonner.
En 1964, des habitants de Carmona passaient encore sous cette arche
Quatre siècles d’enfouissement continu sont exclus par les données dont dispose l’équipe. Une photographie prise en 1964 par l’historien Juan de Mata Carriazo montre l’arche parfaitement visible, à l’air libre. Plusieurs riverains interrogés par l’archéologue municipal se souviennent d’y être passés dans leur enfance.
Le secteur a changé de visage avec la construction du parador, hôtel aménagé dans l’ancienne forteresse de la ville. Le remodelage du terrain qui a suivi, accompagné de l’installation d’un réseau de drainage, a progressivement recouvert le passage — jusqu’à ce que les pelleteuses du chantier de rénovation le rendent au jour, presque soixante ans plus tard.
Carmona revoit ses plans : le giratoire deviendra une fenêtre sur l’histoire
La trouvaille a contraint la ville à revoir intégralement son projet d’aménagement. Une sculpture dédiée aux chevriers de Carmona devait orner le rond-point, entourée de plusieurs colonnes décoratives. Ces éléments ont été retirés du cahier des charges.
À leur place, les équipes consolideront la voûte, installeront un éclairage adapté et ménageront une portion visible du tracé ancien depuis la voie publique. Le chantier est conduit conjointement par Limancar, la délégation municipale à l’environnement et le service municipal d’archéologie de Carmona. Aucun calendrier définitif n’a été communiqué à ce jour.
La question qui reste ouverte est celle de l’ampleur réelle de ce qui demeure sous les autres voiries de Carmona — une cité dont le sous-sol n’a manifestement pas encore livré tous ses secrets.
Votre avis nous aide










La conversation continue
Commentaires