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Cité Perdue de Masn : comment un linteau de Ramsès II à Tell Abou Seify relance une quête vieille de 139 ans

Cité Perdue de Masn : comment un linteau de Ramsès II à Tell Abou Seify relance une quête vieille de 139 ans

Le 16 août 2026, dans le gouvernorat d’Ismaïlia, des archéologues dégagent un bloc de grès fendu en deux sur le site de Tell Abou Seify, à proximité de Qantara Est. Sur trois faces de cette pierre : les titres royaux de Ramsès II, pharaon du XIIIe siècle avant notre ère. Dans le texte gravé, un seul mot a suffi à faire basculer une controverse qui durait depuis plus d’un siècle — le nom de la cité de Masn, jusque-là connue des seuls papyrus et bas-reliefs.

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Le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités, qui a officialisé la découverte, précise que ce linteau décrit la restauration d’une statue du dieu Horus qualifié de « Seigneur de Masn ». Si cette identification se confirme, une ville perdue de la frontière orientale de l’Égypte ancienne refait surface après trois millénaires de silence. Mais les spécialistes du Conseil suprême des antiquités appellent à la prudence : d’autres fouilles restent nécessaires avant toute conclusion définitive.

Un linteau brisé qui porte le nom interdit de Masn

La pierre, taillée dans un grès massif et fracturée en deux morceaux, portait sur ses faces gravées les titres complets de Ramsès II. Le texte décrit une opération précise : la remise en état d’une statue représentant Horus, présenté comme seigneur d’une ville nommée Masn. Ce toponyme est le nœud de toute l’affaire.

Masn figure dans plusieurs sources égyptiennes antiques, toujours associée à la frontière orientale du royaume, mais aucun archéologue n’avait pu lui attribuer un emplacement physique avec certitude. Ce linteau, dégagé en place — c’est-à-dire dans sa position d’origine et non déplacé — change radicalement la donne par rapport aux découvertes précédentes.

1887 à 2026 : une controverse de 139 ans sur Tell Abou Seify

L’histoire de ce site est semée d’espoirs et de déconvenues. Dès 1887, des blocs au nom de Ramsès II avaient été repérés à Tell Abou Seify, laissant entrevoir un lieu d’importance, sans qu’on puisse encore lui donner un nom de ville. Pendant plus d’un siècle, les hypothèses ont circulé sans jamais se consolider.

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En 2013, les chercheurs James Hoffmeier et Stephen Moshier avaient même contesté le lien direct, estimant que ces blocs avaient été transportés depuis le site voisin de Tell Hebua. L’argument était sérieux : des pierres déplacées ne prouvent rien sur l’identité d’un site. Mais le nouveau linteau, mis au jour dans son contexte architectural d’origine, fait pencher la balance dans l’autre sens. C’est précisément cette différence — un bloc en place contre des blocs errants — qui rouvre le débat avec une force nouvelle.

Temple, routes pavées et fours à chaux : un site qui a traversé les époques

L’ensemble révélé par les fouilles successives dépasse largement un simple bâtiment. Les archéologues ont mis au jour un vaste complexe religieux ceint d’un mur en briques crues, avec des salles de stockage côté nord et des pièces de service côté sud autour d’un sanctuaire central.

À l’entrée du site se superposent deux routes pavées : la première creusée à l’époque ptolémaïque, la seconde reconstruite par-dessus sous l’occupation romaine. Ce stratigraphie de voies reflète parfaitement le destin du lieu, qui a changé de nature au fil des siècles. Florissant sous les Ptolémées, ce temple s’est mué en camp militaire romain — un castrum — au IIIe siècle de notre ère, avant que deux grands fours à chaux circulaires ne s’installent sur les angles du sanctuaire pour en recycler les pierres.

Les fouilles ont également livré un ensemble de sculptures remarquables :

  • La statue d’un scribe militaire datant de la XXVIe dynastie
  • Un torse royal dont l’attribution reste à préciser
  • Des figures de faucons — l’oiseau emblématique d’Horus — taillées dans le basalte et dans le calcaire

La route militaire d’Horus : pourquoi Masn comptait sur cet axe stratégique

Si l’identification de Masn se confirme, la ville prendrait place sur la route militaire d’Horus, l’axe stratégique qui reliait la vallée du Nil au Sinaï, puis à l’ancienne Canaan. Jalonnée de forteresses, cette voie commandait la défense de la frontière orientale égyptienne, la plus exposée aux invasions venues d’Asie.

Ces places fortes ne servaient pas uniquement à la guerre. Elles contrôlaient aussi le passage des armées, des marchands et des caravanes circulant entre l’Afrique et l’Asie. Retrouver l’une de ces villes-relais permettrait de reconstituer avec précision la manière dont les pharaons approvisionnaient et surveillaient cette marche désertique, une question qui reste ouverte dans l’égyptologie contemporaine.

Ce que les archéologues doivent encore prouver avant de fermer le dossier

Hisham El-Leithy, secrétaire général du Conseil suprême des antiquités d’Égypte, a pris soin de tempérer l’enthousiasme. Selon lui, les nouvelles fouilles obligent déjà à réévaluer les vestiges mis au jour lors des saisons précédentes, mais l’attribution définitive du site à la cité de Masn exigera d’autres travaux avant d’être établie sans ambiguïté.

La mission prévoit d’étendre les tranchées autour du temple dans les prochaines campagnes. L’objectif est précis : exhumer une inscription qui nommerait la ville de façon explicite et non plus par l’intermédiaire d’une épithète divine. Un seul texte de ce type suffirait à transformer une hypothèse solide en certitude archéologique.

Tant que cette inscription manque, Masn reste une ville à la frontière de deux mondes — celui du mythe consigné dans les papyrus, et celui de la pierre retrouvée sous le sable du Sinaï.

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