Le 21 août 2026, le zoo de Chester a annoncé une nouvelle qui a surpris jusqu’aux spécialistes en oncologie vétérinaire : Jodie Foster, un python réticulé femelle de 4,5 mètres et 50 kilogrammes, était déclarée guérie d’un cancer de la mâchoire. Ce reptile réside dans l’établissement britannique depuis vingt ans. Son traitement — une électrochimiothérapie jusqu’alors réservée à la médecine humaine — n’avait jamais été appliqué à un serpent. Nulle part dans le monde.
Derrière cette annonce se cache une course contre la montre menée par des vétérinaires et des oncologistes de l’université de Liverpool, face à une tumeur qui revenait plus agressive à chaque ablation. La question n’était plus seulement de sauver l’animal, mais de savoir si la science disposait encore d’un outil capable de le faire.
Un fibrosarcome récidivant qui menaçait de la condamner à la faim
Les soigneurs du zoo avaient commencé à noter des signaux inquiétants : Jodie Foster mangeait moins, restait immobile pendant de longues périodes. L’analyse diagnostique a révélé un fibrosarcome, un cancer malin qui s’était développé dans les tissus mous de la mâchoire inférieure. En 2024, une première intervention avait retiré la masse tumorale. L’année suivante, elle était de retour — et cette fois, la tumeur avait envahi l’os mandibulaire lui-même.
Pour un python réticulé, la mâchoire n’est pas un détail anatomique. C’est son outil de survie fondamental. Ces serpents avalent des proies dont le diamètre dépasse celui de leur propre tête grâce à l’écartement extrême de leurs os mandibulaires. Une mâchoire compromise, c’est une incapacité progressive à capturer, serrer et ingérer des proies — une mort lente par privation alimentaire. Répéter une simple ablation chirurgicale ne suffisait plus.
Une opération de 90 minutes pour un animal de 50 kilos
Le vétérinaire du zoo, Ian Ashpole, a dû adapter chaque étape du protocole à la morphologie hors norme de l’animal. L’anesthésie a été administrée directement dans son habitat pour éviter un transport à risque. Déplacer un python de cette taille a nécessité plusieurs membres du personnel. Aucune table d’opération existante n’était aux bonnes dimensions : l’équipe en a assemblé deux côte à côte.
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Durant les 90 minutes qu’a duré l’intervention, des couvertures chauffantes et un flux d’air chaud ont maintenu la température corporelle du reptile à un niveau stable — indispensable pour un animal à sang froid. Ian Ashpole a retiré la masse cancéreuse avec le fragment osseux atteint, puis les spécialistes en oncologie sont entrés en scène pour traiter les cellules tumorales résiduelles.
L’électrochimiothérapie : une technique issue de la cancérologie humaine adaptée pour la première fois à un serpent
Le traitement repose sur une combinaison précise de deux éléments : la bléomycine, un médicament anticancéreux, et des impulsions électriques finement calibrées. Sous l’effet de ces impulsions, les membranes des cellules tumorales deviennent temporairement perméables, ce qui permet à la bléomycine de les pénétrer en quantité bien supérieure à celle obtenue par injection classique. L’avantage majeur : des doses réduites, souvent concentrées en une seule séance.
Jose Alvares Picornell, oncologue de l’université de Liverpool ayant participé à l’opération, a qualifié la méthode d’émergente et entièrement inédite dans le cadre d’un traitement sur serpent. Il a annoncé la rédaction d’un article scientifique détaillant le protocole, dans le but explicite de permettre à d’autres équipes vétérinaires de reproduire cette approche.
Avant Jodie Foster, l’électrochimiothérapie avait déjà été appliquée à d’autres animaux non humains dans quelques cas documentés :
- Une tortue, traitée dans le cadre d’un rapport de cas isolé
- Un lézard, faisant l’objet d’une procédure similaire
- Aucun serpent n’avait figuré dans ces protocoles avant août 2026
Chester Zoo veut diffuser ce protocole à d’autres établissements
Le zoo de Chester ne considère pas cette réussite comme un cas unique à classer. L’établissement souligne que certains zoos puisent désormais dans l’arsenal thérapeutique de la cancérologie humaine pour prendre en charge leurs pensionnaires les plus complexes. La publication scientifique annoncée par Jose Alvares Picornell vise à formaliser le protocole et à le rendre accessible à la communauté vétérinaire internationale.
Le contrôle final n’a détecté aucune récidive. Privée d’un fragment de sa mâchoire, Jodie Foster capture ses proies, les enserre et les avale sans difficulté apparente. À six mois d’une chirurgie dont l’issue était loin d’être garantie, Ian Ashpole décrit son état en deux mots : vive et hargneuse. Elle arpente son enclos et consomme désormais des poulets entiers.
Ce que cette guérison change pour la médecine vétérinaire des reptiles
Le cas Jodie Foster illustre un glissement discret mais significatif dans la prise en charge médicale des animaux en captivité : les techniques autrefois réservées aux patients humains commencent à trouver des applications concrètes en médecine zoologique. Ce n’est pas de la médecine de confort — c’est une réponse à des pathologies qui, sans intervention, condamnent l’animal à une issue fatale.
La question qui reste ouverte est celle de la reproductibilité : les équipements d’électrochimiothérapie sont coûteux, les compétences en oncologie vétérinaire encore rares, et les données sur les reptiles presque inexistantes. La publication attendue de l’université de Liverpool sera, pour de nombreux établissements zoologiques, le premier document de référence sur lequel s’appuyer.
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