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Acupuncture et Canal Rachidien : Comment une Aiguille Brisée a Paralysé une Femme pendant Plus d’un An

Acupuncture et Canal Rachidien : Comment une Aiguille Brisée a Paralysé une Femme pendant Plus d’un An

Le 20 janvier 2025, une femme de 51 ans pousse les portes de l’hôpital municipal de Huizhou, dans la province du Guangdong, au sud de la Chine. Elle marche encore, mais à peine. S’accroupir lui demande un effort considérable, monter un escalier la laisse épuisée, et une douleur brûlante s’est installée sur la plante de son pied droit. Le bout de ses doigts ne répond plus tout à fait.

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Depuis plus d’un an, ses jambes la lâchaient progressivement, sans que personne n’identifie la cause. Ce que les médecins vont découvrir à l’imagerie dépasse ce à quoi ils s’attendaient : un fragment d’aiguille d’acupuncture, long de près de 16 millimètres, lové à l’intérieur même du canal rachidien, au contact direct des racines nerveuses. Le cas a été publié le 10 août 2026 dans la revue Frontiers in Medicine par des praticiens de l’hôpital de Huizhou.

Des symptômes inexpliqués pendant plus d’un an

La patiente décrit une dégradation lente mais implacable. Au fil des semaines, la simple station debout est devenue un défi. La douleur brûlante qui irradie vers le pied droit, l’engourdissement des extrémités des doigts, la difficulté croissante à plier les genoux — chaque geste ordinaire révélait un peu plus l’étendue de son handicap.

Pendant l’interrogatoire médical, un détail émerge. Environ deux mois avant son admission à l’hôpital, la femme avait reçu des séances d’acupuncture que les médecins ont qualifiées de risquées, avec des aiguilles enfoncées profondément à proximité immédiate de la colonne vertébrale. Aucune trace visible sur la peau ne trahissait la présence d’un corps étranger. Rien, en surface, ne pouvait orienter vers cette hypothèse.

Le scanner révèle l’aiguille brisée dans le canal rachidien

C’est l’imagerie qui tranche. Le scanner détecte un fin fragment métallique d’environ 15,7 millimètres logé à la jonction entre les vertèbres dorsales et lombaires, précisément à l’étage T12-L1. L’IRM confirme la découverte avec une mesure concordante de 15,2 millimètres et précise la position exacte du fragment : à l’intérieur de l’enveloppe méningée, au plus près des racines nerveuses qui commandent les membres inférieurs.

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Les médecins reconstituent alors le mécanisme. Lors d’une séance d’acupuncture, une aiguille s’est brisée. Le fragment n’a pas été récupéré — peut-être même pas remarqué — et a migré progressivement jusqu’à l’intérieur du fourreau nerveux. Là, agissant comme une écharde nichée au cœur du système nerveux, il irritait sans relâche les fibres qui innervent les jambes, dégradant semaine après semaine la motricité et la sensibilité de la patiente. Pendant plus d’un an, aucune consultation n’avait permis d’en soupçonner la présence.

Une opération chirurgicale délicate le 24 janvier 2025

La décision de retirer le fragment s’impose rapidement. Le 24 janvier 2025, soit quatre jours après l’admission, les chirurgiens pratiquent une petite ouverture dans l’arc osseux d’une vertèbre — une laminotomie — pour accéder à la zone incriminée. L’éclat est extrait avec précaution, en évitant de léser les nerfs voisins. La zone est ensuite stabilisée par une courte fixation métallique.

Toute la difficulté de l’intervention résidait dans la proximité immédiate de la moelle épinière. Le moindre geste maladroit pouvait aggraver définitivement les atteintes neurologiques plutôt que de les corriger. L’équipe chirurgicale de Huizhou a opté pour une approche minimale et ciblée.

Un rétablissement rapide, mais une leçon durable pour la pratique de l’acupuncture

Les résultats postopératoires ont été encourageants. Un mois après l’intervention, la douleur brûlante au pied avait nettement régressé et l’engourdissement des mains diminué de façon significative. La patiente pouvait de nouveau s’accroupir avec une facilité qu’elle n’avait plus connue depuis longtemps.

Les auteurs de l’article soulignent que ce type d’accident demeure exceptionnel : seuls quelques cas comparables sont recensés dans la littérature médicale mondiale. Mais ils insistent sur plusieurs points de vigilance que cet incident remet en lumière :

  • Vérifier systématiquement l’intégrité de chaque aiguille avant et après usage, afin de détecter toute fracture ou déformation.
  • Exercer une prudence renforcée lors des insertions profondes à proximité de la colonne vertébrale, zone à très haut risque neurologique.
  • Ne pas sous-estimer un fragment non retrouvé en fin de séance : les symptômes peuvent n’apparaître que plusieurs semaines ou mois après l’incident.
  • Informer le praticien de tout antécédent d’acupuncture en cas de douleurs dorsales ou de troubles neurologiques nouveaux et inexpliqués.

Selon les données rapportées dans Frontiers in Medicine, la migration d’un tel fragment jusqu’à l’espace intrathécal — c’est-à-dire à l’intérieur de l’enveloppe qui entoure la moelle — constitue une complication rarissime, mais aux conséquences potentiellement irréversibles si elle n’est pas détectée à temps.

Ce que ce cas change pour les patients qui recourent à l’acupuncture

L’acupuncture est pratiquée en France par plusieurs milliers de médecins et fait l’objet d’un encadrement réglementaire : seuls les médecins, sages-femmes et certains professionnels de santé habilités peuvent légalement la pratiquer. Le risque de fracture d’aiguille existe néanmoins, même entre des mains expérimentées, et la zone lombaire haute reste la plus exposée aux complications graves.

Pour un patient, les signaux d’alerte à ne pas ignorer dans les semaines suivant des séances d’acupuncture profondes dans le dos sont clairs : toute faiblesse progressive des jambes, toute douleur en éclair irradiant vers les membres inférieurs, ou tout engourdissement persistant des extrémités justifie une consultation médicale urgente — et il convient alors d’informer le médecin consulté des soins d’acupuncture récents, précision souvent omise et pourtant décisive pour orienter l’imagerie.

La question que pose ce cas en creux est celle du suivi systématique après toute séance impliquant des insertions profondes : les auteurs de Huizhou n’excluent pas que d’autres fragments brisés soient à ce jour ignorés, attendant de provoquer les premiers symptômes.

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