Faits intéressants

Smartphone en Marchant : comment l’écran ralentit votre pas et augmente votre stress

Smartphone en Marchant : comment l’écran ralentit votre pas et augmente votre stress

Un couloir de quatre mètres, un tapis de capteurs, des pieds nus sur une surface lisse. En octobre 2020, des chercheurs de l’université Gachon, en Corée du Sud, ont demandé à trente-six volontaires de traverser ce dispositif dans des conditions variées. La plupart s’attendaient à mesurer les effets de la distraction. Le résultat les a surpris.

Partager l’article

XRedditLinkedIn

Car le simple fait de tenir un téléphone devant soi — écran éteint, aucun message à lire, aucune sollicitation mentale — suffisait déjà à modifier la façon de marcher. La question qui découlait de cette observation était plus large : que se passe-t-il réellement dans le corps et dans la tête quand on regarde son smartphone en marchant, et à quel point ce geste quotidien coûte-t-il plus qu’on ne le croit ?

Tenir le téléphone suffit à ralentir l’allure, même sans regarder l’écran

Les participants de l’étude de Gachon avaient entre 20 et 29 ans, tous en bonne santé. Publié dans la revue PLOS ONE, le protocole les faisait marcher pieds nus sur un tapis équipé de capteurs de pression, dans plusieurs configurations distinctes.

Rédiger un texto à deux mains représentait le cas le plus contraignant : la vitesse de marche chutait de 21,5 %, la cadence reculait de 9,3 % et la longueur du pas diminuait de 14,3 %. Le double appui au sol — le moment où les deux pieds touchent la surface simultanément — durait quant à lui 27 % plus longtemps.

Mais c’est le test sans affichage qui livrait l’indice le plus révélateur. Les volontaires adoptaient simplement la posture habituelle d’un utilisateur de téléphone — bras levés, tête légèrement inclinée vers l’avant — puis avançaient sans rien lire ni taper. Leur allure diminuait malgré tout. Maintenir les bras face au torse réduit la rotation naturelle du buste, et la tête s’abaisse vers l’appareil, modifiant l’ensemble de la biomécanique de la marche.

Derniers articles

À lire aussi

Nouveautés de la rédaction
01Vol MH370 : Pourquoi une Fosse de 6 000 m Relance la Traque après 12 Ans02Influenceurs Post-Révolution : comment Paris a inventé le prescripteur de goût moderne dès 180603Centres de données IA : pourquoi les chantiers Meta et Amazon vident les chantiers de logements américains

La promenade en plein air perd ses bienfaits dès que l’écran s’allume

Ce phénomène ne se limite pas aux laboratoires. En juillet 2023, l’université d’Auckland a publié dans la revue Psych un essai randomisé conduit dans un parc avec 125 adultes. Certains marchaient en lisant sur leur mobile, d’autres gardaient les mains libres. Les utilisateurs d’écran avançaient plus lentement et adoptaient une posture plus courbée. Leur humeur positive baissait pendant la marche, là où elle s’améliorait nettement chez ceux qui marchaient sans téléphone.

L’équipe néo-zélandaise a cherché à comprendre pourquoi. Ni la posture modifiée ni la vitesse réduite n’expliquaient à elles seules cet écart. La fréquence cardiaque des utilisateurs du mobile restait même inférieure à celle du groupe sans écran. La clé résidait ailleurs : presque tout l’effet passait par le sentiment de connexion avec l’environnement. Fixer un écran détourne le regard du parc, des arbres, des passants — et prive le marcheur du bénéfice psychologique que cette promenade devait lui apporter.

Le stress et le cortisol : une relation plus complexe qu’il n’y paraît

La question du stress mérite une lecture prudente des données disponibles. Une étude canadienne a mesuré le taux de cortisol — l’hormone associée au stress — auprès de quatre-vingts marcheurs sur tapis roulant. Le résultat le plus net concernait les personnes déjà tendues avant de commencer : elles avaient davantage tendance à sortir leur téléphone pendant l’exercice.

L’hypothèse inverse — selon laquelle marcher avec un mobile ferait directement monter le niveau de stress — reste, elle, encore peu documentée. Les chercheurs appellent à la prudence avant de conclure dans ce sens. Ce que les données montrent clairement, en revanche, c’est que l’écran interfère avec les mécanismes par lesquels la marche améliore habituellement l’état mental.

Pourquoi transposer ces résultats dans la rue reste difficile

Le contexte expérimental de l’étude coréenne était particulièrement contrôlé : couloir plat, silencieux, dégagé, avec seulement quatre mètres dédiés aux mesures. La rue, elle, n’a rien de cela. Revêtements irréguliers, vélos surgissant d’une piste cyclable, passants pressés, escaliers de métro — chaque élément ajoute une variable que les chercheurs n’ont pas encore intégrée. Les auteurs eux-mêmes réclament des cohortes élargies, davantage de participants âgés et des observations conduites directement en milieu urbain.

L’échantillon de l’étude de Gachon comportait une autre limite importante : il ne comprenait que de jeunes adultes en bonne santé. Les effets sur des personnes plus âgées, ou présentant des troubles de l’équilibre, pourraient être sensiblement différents — et potentiellement plus sévères.

Ce que certaines villes ont déjà mis en place sans attendre la science

Quelques municipalités n’ont pas attendu des données plus complètes pour agir. Voici les mesures déjà en vigueur dans plusieurs pays :

  • Honolulu (États-Unis) : depuis 2017, traverser un passage piéton les yeux rivés sur son écran est passible d’une amende.
  • Séoul (Corée du Sud) : des repères lumineux ont été installés au sol devant les passages très fréquentés pour alerter les piétons distraits.
  • Cologne et Augsbourg (Allemagne) : des feux encastrés dans le trottoir clignotent au niveau des pieds, là où le regard des utilisateurs de téléphone se pose naturellement.

Ces initiatives reposent sur une logique simple : si le regard descend vers l’écran, autant amener le signal de sécurité à hauteur de cet écran. Leur efficacité à long terme sur les comportements reste, elle aussi, à évaluer rigoureusement.

À mesure que les cohortes s’élargissent et que les villes accumulent leurs propres données d’accidentologie, la recherche sur la marche connectée devrait livrer dans les prochaines années une image bien plus précise des risques réels — et peut-être des seuils d’exposition au-delà desquels l’impact sur la santé devient mesurable.

Partager l’article

5 min de lecture

XRedditLinkedIn

Votre avis nous aide

Cet article valait-il la peine d’être lu ?

La conversation continue

Commentaires

Participer à la conversation

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut